DIOCLETIAN.

Et je creve en mon coeur de despit & de rage
Que de mes propres mains ne le puis-je estouffer.

RUTILE.

Alors apres la flame on a recours au fer,
À coup d'ongles d'acier un Soldat le dechire,
Le sang jallit à flots sur celuy qui le tire:
Mais la mesme couleur dont chaque objet rougit
Sur le peuple estonné differemment agit.
Quelques-uns de pitié sentent leur ame atteinte,
Les autres sont touchez ou d'horreur, ou de crainte,
Et parmi tant de gens interdits à ce point,
Le coupable est le seul qui ne s'en emeut point.
Voyant de ce costé nos ordonnances vaines,
Nous exposons l'ingrat à de nouvelles peines,
Et pour le tourmenter avec plus de rigueur
Nous cherchons par ses yeux le chemin de son coeur.
Mais inutilement nous tentons cette voye,
Comme luy Pamphilie en tressaille de joye,
Et voyant approcher les boureaux sans horreur
Tasche par ses discours d'exciter leur fureur.
On diroit que d'abord cette beauté les charme,
Que malgré leur rigueur sa grace les desarme,
Et que ce fier orgueil qu'on void en son aspect
Loing de les irriter leur donne du respect.
Toutesfois leur devoir ou ma voix les anime,
Et de leur deité faisant une victime,
L'un d'eux hausse le bras, & d'un soudain effort
Acheve en un moment & sa vie & son sort.
Genest s'impatiente, & brule de la suivre,
Il dit que de ses maux le plus grand est de vivre,
Et je crois, ô Cesar, qu'il n'en faut pas douter:
Mais d'ailleurs s'il ne meurt il est à redouter;
Et je crains que le peuple esmeu de sa constance
Ne se porte à la fin à quelque violence,
Voila l'occasion qui me rameine icy.