DIOCLETIAN.

Cette feinte, Aquillin commence à me desplaire,
Qu'on cesse.

GENEST.

Il n'est pas temps, ô Cesar! de me taire;
Ce Seigneur des Seigneurs, & ce grand Roy des Roys,
De qui tout l'univers doit reverer les loix,
Soubs qui l'Enfer fremit, & que le Ciel adore,
Veut que je continue, & que je parle encore,
Sçache donc, Empereur, que ce Dieu souverain
De qui j'ay ressenty la puissance, & la main,
Lors que je me pensois rire de ses oracles,
Vient d'operer en moy le plus grand des miracles,
Changeant un idolatre en son adorateur,
Et faisant un sujet de son persecuteur.
Ne pensant divertir, ô prodiges estranges!
Que de simples mortels, j'ay resjouy des Anges,
Et dedans le dessein de complaire à tes yeux,
J'ay pleû sans y penser à l'Empereur des Cieux.
Il est vray que privé de ses graces extrémes,
J'ay tantost contre luy vomy mille blasphémes,
Mais dans ces faux discours que ma langue estaloit,
Ce n'estoit que l'Enfer, & non moy qui parloit,
Ce commun Ennemy de tout ce qui respire,
Qui par le crime seul establit son Empire:
Ayant trompé mes sens, & seduit ma raison,
M'avoit mis dans le coeur ce dangereux poison:
Mais enfin de mon Dieu les bontez infinies,
Ont toutes ces horreurs de mon Ame bannies,
Et je veux, ô Cesar! qu'on sçache à l'advenir,
Que je n'ay plus de voix qu'affin de le benir,
Qu'affin de publier aux deux bouts de la terre,
Qu'il est seul souverain, seul maistre du tonnerre,
Des cieux, des elemens, des Anges, des mortels,
Et digne seul enfin, & d'encens, & d'autels.