PAMPHILIE.

Aveugles Tyrans de mon ame,
Qui regnez sur moy tour à tour,
Hayne, mespris, vengeance, Amour,
Où se termineront mes fureurs, ou ma flame?
Hayne, dois-je suivre tes loix?
Amour dois-je escouter ta voix?
Dois-je courir à la vengeance?
Ou par un plus noble mespris,
Chercheray-je mon allegeance
Dans l'oubly des ardeurs dont mon coeur est epris?

Ha! dieux que je suis incertaine,
De mon choix, & de mes desirs,
Que de larmes, & de souspirs,
S'opposeroient encore à la fin de ma peine!
Non mes yeux ne le voyons pas,
Laissons le trainer au trespas,
Rendons nostre hayne assouvie;
Ou puis qu'il vous nommoit à tort,
Jadis les Astres de sa vie,
Soyez doresnavant les flambeaux de sa mort.

Mais, Helas! quelle est mon envie?
Quel est mon aveugle transport?
Puis-je consentir à sa mort,
Sans qu'au mesme moment je renonce à ma vie?
Non, retire toy ma fureur,
Malgré son crime & son erreur,
Je sens bien encor que je l'ayme,
Et je reconnois aujourd'huy,
Que je t'arme contre moy-mesme,
Lors que ma cruauté t'anime contre luy.

Mais voicy cét ingrat, cachons nostre foiblesse,
Ha! cet abord me tue.