SCENE II.

HONORIUS, PHILOXENE, POLIDARQUE.

HONORIUS, surprenant Olympie.

Mais vous mesme suivez une si juste envie,
Redonnez nous la joye, adorable Olympie,
Vos voeux à nos desirs, l'espoir à nostre amour,
La lumiere à nos yeux, & le lustre à ma Cour.

OLYMPIE.

Que dites vous Seigneur, & quelle est vostre attente,
La joye est un effet d'une ame plus contente,
Et vous n'ignorez pas qu'un Espoux rigoureux
Emporte avec mon coeur, mon espoir & mes voeux.
Ne retombez donc plus en vostre erreur premiere,
Vostre esprit à vos yeux a rendu la lumiere
Qu'amour pensoit couvrir d'un funeste bandeau
Pour vous mieux obliger à suivre son flambeau:
Au reste vostre Cour me semble trop illustre
Pour emprunter de moy son éclat & son lustre,
Elle tire de vous son premier ornement,
Et tout à vostre exemple y paroist noblement:
La grace, la valeur, l'honneur, la courtoisie,
Ont dans vostre Palais leur demeure choisie,
Et par vos qualitez le vice combatu,
Montre que c'est l'escole où s'apprend la vertu,
Il n'est donc pas besoin que cette infortunée
Aux regrets, aux souspirs, aux pleurs abandonnée
Du bruit de ses malheurs trouble un calme si doux,
La pompe est mal seante à qui perd un Espoux,
Et vostre majesté blâmeroit ma conduite,
Si je pouvois jamais oublier son merite.

HONORIUS.

Madame, avant sa fuitte & son esloignement
Je l'ay crû comme vous adorable & charmant;
Mais depuis son depart une si haute estime,
Et pour vous, & pour moy seroit illegitime:
Mon esprit desormais a quitté son erreur,
Et loing de le cherir il vous doit faire horreur.
Souvenez vous qu'apres vous avoir abusée
D'un espoir decevant, il vous a mesprisée,
Et que par une insigne & lâche cruauté
Il joint l'ingratitude à la deloyauté.
Quel pretexte, Madame, authorise sa fuitte,
A-t'il pû soupçonner vostre rare conduitte?
De quoy se peut-il plaindre? & par quelle raison
Pense-t'il envers vous couvrir sa trahison?
Non, non, rien ne sçauroit le deffendre du blâme
D'avoir si lâchement abandonné sa femme,
Et vous seriez sans coeur si vous luy conserviez
La foy qu'il a receue, & que vous me deviez:
Revoquez, revoquez un don si favorable,
Il s'en rendit indigne en se rendant coupable,
Et dés qu'il fit dessein de vous laisser ainsi,
L'ingrat vous enseigna de le quitter aussi.
Croyez moy, quittez le, faictes un choix plus juste,
Donnez à vostre amour un objet plus auguste,
Et puis qu'il a voulu luy-mesme se bannir,
Chassez en desormais jusques au souvenir.

OLYMPIE.

Que je rompe, Seigneur, le beau noeud qui nous lie?
Que j'oublie Alexis, ô Ciel! que je l'oublie?
Quoy donc pour estre absent, est-il moins mon Espoux?
Ah s'il sort de mon coeur, que le Ciel en couroux
Fasse esclatter sur moy les carreaux de la foudre
Pour punir ce coupable & le reduire en poudre:
Non non, n'attendez pas ce lâche changement,
Mon amour doit durer plus que le firmament,
Et faire que ma flâme aujourd'huy sans seconde
Subsiste encore entiere apres celle du monde.
Alexis est absent, mais malgré sa rigueur
L'esloignement des yeux n'est pas celuy du coeur,
Un coeur comme le mien a tousjours mesme zele,
Qu'il me soit desloyal, je luy seray fidelle,
Qu'il soit cruel, ingrat, inconstant, inhumain,
Tousjours sur mon esprit il sera souverain:
Et sans considerer s'il fait tort à ma flâme
Je l'aimeray tousjours, puis que je suis sa femme.

POLIDARQUE.

Vous l'aimerez, Madame? ô Ciel que dites vous?
N'est-il pas lâche, ingrat, cruel?

OLYMPIE.

Mais mon Espoux.

POLIDARQUE.

Vostre espoux? quel espoux! est-il digne de l'estre,
Puis qu'il vous a trahie?

OLYMPIE.

Il ne fut jamais traistre,
Et vous m'obligerez de parler autrement.

POLIDARQUE.

Ce que je dis pourtant n'est pas sans fondement,
Et sa fuitte Madame, est sans doute une marque.

OLYMPIE.

Qui comme moy peut estre abuse Polidarque.

POLIDARQUE.

On ne se trompe pas quand l'effect est si clair,
Mais vostre esprit se plait soy-mesme à s'aveugler,
Et croiroit témoigner un excez de foiblesse
S'il renonçoit si tost à l'erreur qui le blesse.