SCENE III.

OLYMPIE, AGLES, VIRGINIE.

OLYMPIE revestu de ses habits nuptiaux.

Est-il bien vray mon ame?
Reverray-je Alexis?

AGLEZ.

Ah ma fille.

OLYMPIE.

Ah Madame,
Ne vous estonnez point de me voir cet esclat,
Je dois, je dois parestre en ce superbe estat:
Voyez ces vestemens, regardez mon visage,
Vous en devez tirer un bien-heureux presage,
Et croire en me voyant si richement parer,
Que le Ciel aujourd'huy nous permet d'esperer.
Nous verrons Alexis.

AGLEZ.

Que mon ame est ravie!
Nous verrons Alexis? ah ma chere Olympie,
N'abusez point mon coeur d'un espoir decevant;
Dites moy, car les bruits nous trompent bien souvent,
De qui le sçavez-vous? quelque courier fidelle
Vous a-t'il apporté cette heureuse nouvelle?

OLYMPIE.

Non Madame.

AGLEZ.

Qui donc?

OLYMPIE.

Le Ciel me l'a promis.

AGLEZ.

Cet espoir m'est bien doux, & pourtant je fremis.

VIRGINIE.

Quand nos sens sont surpris d'une ioye excessive,
C'est lors qu'ils goustent moins le bien qui nous arrive.

OLYMPIE.

N'en doutez point Madame, ouy, ouy les cieux plus doux
Vous rendront vostre fils, me rendront mon Espoux
Une celeste voix m'en donne l'asseurance,
Et l'effect doit bien-tost suivre mon esperance,
Car sçache a-t'elle dit qu'avant la fin du jour
Tu reverras chez toy l'objet de ton amour.

AGLES.

Agreable nouvelle & bien-heureux Oracle!

OLYMPIE.

Je reste quelque temps confuse à ce miracle,
Mais en fin ma raison ayant remis mes sens
Qui demeuroient ravis à de si doux accens,
Je rens graces au Ciel du bon-heur qu'il m'envoye
Mon esprit sur mon front fait renaistre la joye,
Et d'un pas diligent je viens vous faire part
De l'extreme faveur que le Ciel me depart.

AGLES.

Euphemien sçait-il cette heureuse nouvelle!

OLYMPIE.

Non.

AGLES.

Faisons luy sçavoir.

OLYMPIE.

Providence eternelle
Qui fais, & qui regis le destin des humains,
Favorise un espoir que je mets en tes mains.