SCENE PREMIERE.

HONORIUS, EUPHEMIEN, POLIDARQUE & suitte.

Une voix prononce ces paroles lors que l'Empereur entre.

Arreste Honorius, c'est le Ciel qui l'ordonne,
Commande qu'on cherche un tresor
Cent fois plus precieux que les perles, ny l'or,
Et mets bas devant luy ton Sceptre & ta Couronne:
C'est le Palais d'Euphemien
Qui te recele un si grand bien.

HONORIUS.

Ciel, d'où vient cette voix? & quel est cet oracle
Qui parle d'un tresor, ou plutost d'un miracle,
Devant qui ma Couronne & mon Sceptre aujourd'huy
Se doivent abaisser comme moindres que luy?
Tu sçais Euphemien ce que je viens d'entendre,
Ce tresor est chez toy, c'est à toy de le rendre
Assez & trop long-temps tu me l'as recelé,
Mais en vain, car le Ciel enfin l'a revelé.

EUPHEMIEN.

Moy Seigneur un tresor, & que je vous recelle?
Moy je serois, grand Prince, à ce poinct infidelle?
Moy qui perdrois la vie afin de vous servir
Je garderois un bien que je voudrois ravir?
Ah Seigneur, renoncez à cette deffiance,
Jugez mieux de mon coeur & de ma conscience,
Et ne ruynez point par cette opinion
Ma gloire, mon estime, & vostre affection.
Le Ciel vous advertit Monarque incomparable
Que mon palais recelle un bien inestimable,
Mais que le mesme Ciel me confonde à vos yeux
Si je sçais où peut estre un bien si precieux:
Qu'on le cherche par tout, qu'on fouille, qu'on visite
Loing de vous destourner je vous en sollicite,
Et je seray ravy qu'on rencontre chez moy
Un tresor admirable & digne de mon Roy.

POLIDARQUE.

Cette voix toutesfois n'est pas l'effet d'un songe,
Et ce que dit le Ciel ne peut estre un mensonge
Contre luy les sermens ne sont jamais receus.

HONORIUS.

Vous travaillez en vain vos esprits la dessus:
Je sçais, je sçais amis quelle est cette merveille
Qui dans tout l'Univers n'eut jamais de pareille,
Et devant qui je dois plein de zele & d'ardeur
Abaisser ma Couronne & toute ma grandeur:
Ouy, je sçay le tresor qu'Euphemien recelle
C'est Olympie.

EUPHEMIEN.

Helas!

HONORIUS.

Ouy, ouy, c'est cette belle
Que le Ciel aujourd'huy par sa divine voix
M'ordonne de placer au dessus de cent Roys
Par sa rare vertu qui n'ait jamais d'exemple,
Elle est digne du trosne, elle est digne d'un temple;
Elle peut par mes voeux s'eslever au premier,
Et de mon coeur ardent se faire le dernier:
Allons luy de ce pas presenter l'un & l'autre,
C'est le vouloir du Ciel, & c'est aussi le nostre;
Je suis respectueux comme il est absolu,
Il faut que j'obeisse, & j'y suis resolu.
Va donc Euphemien, va trouver Olympie,
Prepare son esprit à cette juste envie.
Cependant que j'iray me disposer aussi
Aux honneurs que je veux qu'elle reçoive icy.