LE CYGNE

Ce n'était pas sans quelque hésitation que le comte de Chalys avait pris le parti de retourner à Férias. Son bref séjour à Paris, et les événements qui l'avaient marqué, semblaient avoir rompu le charme dont la main délicate et pure de Sibylle l'enveloppait depuis quelques mois. Il s'était comme éveillé de ce rêve, et il y voyait une sorte d'enfantillage à demi ridicule auquel il s'étonnait de s'être prêté si longtemps. Cette sombre disposition de son esprit ne fit que s'irriter dans le cours du voyage. Le contact de la vie réelle, de ses tristesses et de ses dépravations avait rejeté sa pensée dans tous les découragements et dans toutes les ironies du scepticisme; la mort sèche et brutale de Gandrax l'avait replongé en pleine matière; son entrevue même avec Clotilde l'avait profondément troublé. Malgré les révoltes de sa conscience, les transports, les ardeurs, les paroles enflammées de la jeune femme avaient fait monter à son cerveau la fumée des amours païennes, et lui laissaient encore dans les veines une ivresse secrète; il la voyait toujours à genoux devant lui, dans le désordre de ses pleurs, de sa beauté et de sa passion. Loin de lui faire un crime de cette passion emportée et prête à tous les sacrifices, il était tenté de l'admirer et de la déifier comme une vertu supérieure à toute autre, et près de laquelle l'amour scrupuleux et timoré de mademoiselle de Férias pâlissait étrangement. Il était parti cependant, peut-être pour épargner à Sibylle un coup trop soudain, peut-être pour se soustraire lui-même à des entraînements dont il sentait l'horreur.

Quand il arriva le soir au presbytère, l'abbé Renaud, à qui il avait écrit la veille pour le préparer à son retour, l'informa que la famille de Férias l'attendait pour dîner. Il retint la voiture qui l'avait amené de la gare, et se fit conduire au château. L'accueil affectueux et presque filial qu'il y reçut ne put vaincre la froideur chagrine qu'il avait dans le coeur, et que son visage et son accent même trahissaient. Les tristes circonstances qui l'avaient appelé à Paris, le deuil qu'il en avait rapporté, expliquaient suffisamment son attitude au marquis et à la marquise de Férias; mais Sibylle parut être plus clairvoyante. Il y avait eu dans son premier regard lorsqu'elle avait tendu la main à M. de Chalys une expression de curiosité inquiète qui le surprit et l'embarrassa. Dans cette nature fine, délicate et sensitive à l'excès, le tact et le pressentiment devaient approcher de la divination. Elle ne cessa de l'observer pendant le dîner avec le même air d'anxiété. Elle remarqua qu'il sortait du salon, contre sa coutume, à l'heure de la prière, comme pour éviter d'y assister. Elle remplit d'ailleurs pendant le reste de la soirée son rôle de maîtresse de maison avec son calme habituel, quoiqu'elle fût fort pâle. Elle se mit un instant au piano, servit le thé, et crayonna sur un bout de table, à l'ombre de ses blonds cheveux, en échangeant avec M. de Chalys quelques paroles indifférentes.

Il était dix heures et demie quand il se retira. En sortant du château, il s'arrêta sur le haut du perron comme frappé du spectacle qui s'étendait sous ses yeux. La soirée, déjà froide, était belle et pure: un mince croissant d'argent glissait dans la profondeur de l'azur, et allait disparaître derrière la cime noire des bois; il répandait encore une aube limpide dans l'enceinte de la cour, et un peu au delà quelques pâles rayons miroitaient faiblement sur le vitrage des serres, dans l'eau des bassins et sur le plumage éclatant d'un cygne immobile. C'était une scène d'une paix et d'un silence comme enchantés. Raoul la contempla un instant et soupira longuement. Un bruit léger le fit retourner: il vit mademoiselle de Férias à deux pas de lui.

— Vous êtes triste, monsieur, lui dit-elle avec cette grave sonorité d'accent qui était la séduction de sa voix.

— Comment ne le serais-je pas, mademoiselle!… Je viens d'être frappé si cruellement.

— Sans doute,… mais il y a quelque chose de plus, n'est-ce pas?… Soyez vrai!

Il baissa les yeux, hésita, puis, relevant la tête:

— Je voudrais vous parler, mademoiselle Sibylle.

— Maintenant?

— Maintenant.

Elle parut hésiter à son tour; puis tout à coup:

— Attendez-moi.

Elle rentra dans le vestibule et reparut l'instant d'après: elle avait jeté sur ses épaules à demi nues une courte mante blanche bordée de bleu, dont la capuchon retombait sur son front. Elle prit le bras de Raoul: ils descendirent lentement les degrés du perron et traversèrent la cour en silence, se dirigeant vers le parc. Comme ils entraient dans la sombre allée qui s'ouvrait devant la grille, et que rayaient çà et là des bandes de lumière blanchâtres, Raoul éleva enfin la voix, et parlant avec une amertume à peine contenue:

— Mademoiselle, dit-il, je viens de traverser quelques-unes de ces heures rigides qui rappellent un homme à la réalité et à son devoir. Je vous supplie donc de me révéler le secret de votre pensée, je vous supplie de me dire si l'honneur d'obtenir votre main me sera vraiment interdit tant que j'aurai pas reçu d'en haut la grâce, — qui me manque, — et qui, j'en ai peur, me manquera toujours. Dans ce cas, je n'attendrai pas, je vous l'avoue, pour rompre un attachement sans espoir, que j'y aie perdu le peu de courage et de dignité qui me reste.

Sibylle s'était arrêtée brusquement.

— Je sentais cela! dit-elle à voix basse.

Sans paraître l'entendre, il continua avec la même âpreté:

— Oui, dès à présent, je renoncerais à une épreuve que je regarde comme inutile, comme insensée.. Le temps des illusions est passé… Vos croyances ne seront jamais les miennes… Tant que je vivrai, le doute coulera dans mes veines avec mon sang… Voilà la vérité.

— Pardon, monsieur, dit mademoiselle de Férias d'un ton à peine distinct; mais ce langage est si inattendu après celui que vous me teniez il y a bien peu de jours, et à cette heure même, qu'avant d'y répondre j'ai besoin de me recueillir.

Raoul la salua. Elle marcha quelque temps près de lui en silence. Ils arrivèrent à l'extrémité de l'avenue dans le demi-jour lumineux d'une clairière. Sibylle, comme étonnée, leva les yeux vers le firmament semé d'étoiles, et dans ce simple mouvement son visage, se dégageant de l'ombre de sa mante, parut à Raoul éclairé d'une sorte de pâleur et de transparence singulières.

— Vous souffrez? lui demanda-t-il vivement en se rapprochant.

Elle sourit.

— Un peu, dit-elle.

Et montrant le ciel du doigt:

— Je tombe de si haut!

Il crut qu'elle chancelait tout à coup; il fit un mouvement pour la soutenir, elle le repoussa avec sa grâce tranquille.

— Donnez-moi votre bras seulement.

Elle entra dans une allée voisine, et au bout d'un instant:

— Voici ma réponse, dit-elle. Je n'ai pas deux paroles: je ne serai jamais la femme d'un homme qui ne croit pas, qui ne prie pas, qui n'a d'autre dieu que la matière et d'autre espérance que le néant. Je serais coupable si j'acceptais une telle union, puisque je n'y pourrais donner le bonheur, ne l'y trouvant pas. Il faut donc nous séparer;… mais, je vous en prie, monsieur, ne nous séparons pas avec des paroles de colère et d'amertume… Que le souvenir de cette heure suprême nous soit doux à tous deux… Je vous le demande surtout pour moi… Je n'aurai que ce roman dans ma vie,… je vous prie que la dernière page n'en soit pas mauvaise! Je suis, je vous assure, une personne courageuse, et, malgré le chagrin que j'éprouve, je suis très-capable de goûter le charme de cet instant qui me reste,… quand il serait le dernier de ma vie, comme il est le dernier de notre amitié.

Il ne lui répondit que par une faible pression du bras.

Après quelques minutes d'une marche silencieuse:

— Parlez-moi, mon ami, reprit-elle, parlez-moi comme autrefois, comme si nous devions nous revoir demain et toujours.

— Je ne puis, Sibylle…

— Dites-moi que, malgré tout, mon souvenir vous sera cher…

— Bien cher,… oui…

— Le vôtre me sera sacré… Je ne verrai jamais un ciel d'été ni une belle nuit sans penser à vous et sans vous bénir.

— Me bénir!… dit Raoul amèrement.

— Oui, vous bénir… Vous avez mis dans ma vie quelques heures douloureuses, c'est vrai; mais je vous ai dû aussi les émotions les plus élevées, les joies les plus profondes qui puissent ravir l'âme d'une femme… et d'une chrétienne… Quelle soirée heureuse que celle qui précéda votre triste départ! Quel moment que celui où je sentis votre coeur s'ouvrir et Dieu y descendre!… Vous me disiez ce soir-là des choses si justes, si nobles, si dignes de vous!… J'y ai souvent pensé depuis,… non pas que j'aie besoin d'aucun argument pour affermir ma foi,… je ne comprends pas le doute… Le nom de Dieu est écrit pour moi si visiblement sur chaque brin d'herbe, sur chaque feuille, sur chaque étoile; ce silence même de la solitude, de la nuit et des cieux me laisse entendre sa voix si clairement, que mon coeur croit vraiment comme mes yeux voient et comme mes lèvres respirent… Mais ce que vous disiez me frappa… Que j'aurais aimé à parler souvent avec vous de ces choses élevées!… Je n'osais pas… Je suis plus femme que vous ne le croyez,… je le suis trop peut-être… Je redoutais de vous plaire moins,… de perdre à vos yeux un peu de ce prestige qui vous avait touché,… de vous sembler une pédante et une prêcheuse… N'est-ce pas que je puis, en ce moment du moins, m'abandonner à cette faiblesse de mon esprit, sans craindre de vous apparaître, quand vous penserez à moi dans l'avenir, sous une forme chagrine et déplaisante?

— Ne le craignez pas…

Ils continuaient, pendant cet étrange dialogue, de s'avancer dans l'intérieur du bois, tantôt perdus dans l'ombre épaisse des futaies, tantôt traversant des éclaircies inondées d'une clarté stellaire. Raoul comprit que leur promenade ne s'égarait pas au hasard, et que Sibylle la dirigeait tour à tour avec une prédilection calculée vers chacun des sites qu'elle avait le plus aimés. Elle semblait d'ailleurs avoir recouvré toutes ses forces: elle marchait sans fatigue et sans hâte de ce pas élégant, souple et glissant, qui était son allure habituelle. Il la regardait cependant par intervalles avec inquiétude, étonné de ne retrouver dans son langage aucune trace de la vivacité et de la fierté fougueuses de son naturel. Sa voix avait un calme et une douceur extraordinaires. Raoul sentait dans cette frêle créature une volonté et une énergie d'un principe supérieur aux passions violentes dont il était agité lui-même, et qui se taisaient maîtrisées. Livré à un désordre d'esprit indicible, il se laissait conduire, comme en rêve, par la main de cette enfant, sans résolution, sans force, presque sans pensée.

— Vous rappelez-vous vos paroles, mon ami? poursuivit-elle… Il y a, disiez-vous, des êtres et des coeurs qu'il est impossible, qu'il semble monstrueux de vouer au néant!… Cela paraît si vrai, si éblouissant de vérité! Puisque nos corps, quand la mort les prend, ne font que changer de forme, puisque la matière est immortelle, et que ce qu'il y a en nous de plus fragile et de plus misérable doit vivre éternellement, comment concevoir que nos pensées les plus hautes et nos sentiments les plus sublimes, que nos dévouements, notre charité, notre foi, nos élans vers Dieu, nos amours, nos souffrances, nos larmes, que tout cela doive périr avec nous sans laisser de traces,… sans trouver un avenir, un refuge, une justice!… Ainsi tout survivrait, excepté ce qui est pur!… tout serait éternel, excepté ce qu'il y a en nous de bon et de grand,… excepté tout ce qui honore la vie, tout ce qui décore la terre, tout ce qui plaît au ciel! Oh! non!… il y a, c'est vous encore qui le disiez, il y a une source pure d'où nos âmes descendent et où elles remontent, comme les anges dans la vision biblique… J'aime cette image… Il est doux d'entourer la mort de ces prestiges souriants, surtout quand on a perdu des êtres bien-aimés. — Vous avez perdu votre mère toute jeune, n'est-ce pas, mon ami?

— Toute jeune, oui.

Sibylle cessa de parler. Elle s'était arrêtée sur un plateau découvert, devant lequel s'étendait un horizon de collines étagées et de ravins sinueux qui allaient en s'abaissant au loin vers la mer. Au fond des vallées marécageuses et sur les flancs entre-croisés des coteaux flottaient ces vapeurs diaphanes de l'automne qu'on appelle poétiquement dans le pays les dames blanches. Pénétrées par les lueurs sidérales, elles répandaient sur les contours indécis de ce vaste paysage un vague aérien et une sérénité lactée qui ne semblaient pas être de la terre. Mademoiselle de Férias, appuyée sur le bras de Raoul, contempla longtemps ce spectacle avec une attention profonde. Elle parut se réveiller tout à coup, et reprenant sa marche:

— Allons! dit-elle.

Ils entrèrent alors dans une des parties les plus ombragées du bois. Sibylle avait accéléré son pas. Ils descendirent un sentier rapide, et se trouvèrent soudain sur le terre-plein d'une étroite clairière que dominait la silhouette sombre d'une roche élevée et abrupte, pareille à un fragment de muraille ruinée. Raoul tressaillit. Il reconnut la Roche-à-la-Fée, la petite fontaine qui en recevait les filtrations et la vallée sauvage où roulait le ruisseau de Férias, dont une brume épaisse marquait au loin les méandres. Quelques feux brisés d'étoiles, perçant à travers la feuillée, scintillaient doucement dans l'onde du bassin, et les gouttes d'eau qui y tombaient coup sur coup faisaient entendre un bruit clair et triste qui semblait ajouter encore au silence de cette solitude.

Sibylle promena longuement son regard autour d'elle:

— C'est là, dit-elle ensuite à demi-voix, que j'ai voulu vous dire adieu,… Raoul. Vous me pardonnerez encore cette faiblesse, n'est-ce pas? Je suis si enfant avec toute ma raison… Quand je vous ai vu là pour la première fois, vous souvenez-vous?… c'était au printemps et par un soleil charmant… Maintenant… c'est l'automne et la nuit!…

Elle prononça ces mots avec une sorte d'égarement, et s'interrompit tout à coup; puis elle se détourna, se jeta la face contre le rocher, et, plongeant sa tête dans les lierres et dans la mousse humide qui en couvraient les parois, elle sanglota amèrement.

Raoul, immobile et comme anéanti, regardait ce gracieux fantôme qui pleurait dans l'ombre, et qui plus que jamais semblait être le génie mélancolique de ce lieu solitaire; puis il s'avança lentement, et debout, à deux pas de la jeune fille:

— Sibylle! lui dit-il d'une voix basse et pénétrée; ah! quel jeu barbare vous jouez avec moi… et avec vous-même! quel crime vous commettez au nom de votre Dieu et de vos vertus!… Nous nous aimons comme jamais deux créatures sur terre ne se sont aimées… Vous pleurez, et j'ai le coeur déchiré… Nous sommes libres,… tout nous donne l'un à l'autre,… le bonheur est là dans nos mains,… et vous le repoussez,… vous n'en voulez pas!… Pourquoi?… Vous le savez à peine vous-même, malheureuse enfant!

— Raoul, dit-elle, en retrouvant soudain la fière énergie de son accent, je repousse ce bonheur, parce qu'il serait un mensonge, parce que nous ne serions pas vraiment unis,… parce que je veux être aimée comme j'aime, et que rien ne dure que ce qui s'appuie là!

Elle montra le ciel.

— Ah! je sais, reprit-elle avec plus de douceur, je sais que vous souffrez, et je voudrais me mettre à genoux pour vous demander pardon de la peine que je vous fais;… mais vous voyez que je souffre bien aussi,… moins que vous pourtant, je le crois,… car moi, j'espère vous retrouver… Oui, je l'espère fermement, Raoul,… j'en suis certaine!… Adieu!

Raoul laissa tomber sa main dans la main qu'elle lui tendait, et elle s'éloigna à la hâte.

Au bout de quelques pas, il la vit s'arrêter, s'appuyer contre un des arbres qui bordaient le sentier, et il l'entendit murmurer:

— Je ne vois plus!

Il courut à elle:

— Prenez mon bras!… Ne craignez rien de moi… pas un mot de plus, pas une prière… mais il faut que vous retourniez, et vous ne pouvez retourner seule!…

Il sentit qu'elle tremblait sous sa mante, qui était imprégnée de l'humidité de la nuit. Elle ne dit rien, se suspendit à son bras, et gravit péniblement la rampe qui tournait autour du rocher. Peu à peu son pas se raffermit, mais elle demeurait la tête penchée, comme étrangère à tout, s'abandonnant au bras qui la guidait.

Après un quart d'heure de marche, une halte soudaine que fit Raoul la tira de sa stupeur. Elle jeta autour d'elle un regard étonné.

— Mon Dieu! dit-elle,… mais je ne reconnais rien, je ne vois pas, je ne me retrouve pas!… Ce brouillard cache tout… Etes-vous sûr d'être dans le vrai chemin?

— Jusqu'ici, je l'ai pensé; mais en ce moment je suis troublé, je vous l'avoue… On ne distingue rien à deux pas!

Comme il arrive souvent en effet, vers le milieu de la nuit, sous ce climat et dans cette saison, les vapeurs humides des marais environnants s'étaient élevées subitement. Elles s'étaient enroulées d'abord, comme des flocons de givre, autour des branches et des buissons, puis elles avaient gagné tout l'intérieur du bois. Elles prêtaient aux taillis les plus clair-semés des aspects fantastiques, et semblaient dresser, sous le couvert des fourrés et dans l'ombre des hautes futaies, une muraille de ténèbres impénétrable.

Mademoiselle de Férias parut recouvrer tout son sang-froid sous cette impression de la vie réelle. Elle interrogea Raoul sur la direction qu'il avait suivie, hésita et se recueillit, puis poursuivit la même route avec agitation. Elle crut s'apercevoir, au bout de peu d'instants, qu'ils s'égaraient de plus en plus. Elle pensa alors que le meilleur parti était de chercher à regagner la Roche-à-la-Fée, espérant qu'une fois maîtresse de ce point de départ elle pourrait s'orienter avec plus de précision. Ils essayèrent donc de retourner sur leurs pas, et achevèrent de se perdre. Ils avaient dans l'esprit ce vertige étrange qui nous saisit quand tous nos guides ordinaires nous font défaut. Sibylle crut bientôt reconnaître, à quelques vagues indices, qu'ils avaient dépassé la limite des bois contigus au parc, et qu'ils étaient entrés dans la forêt qui en était le prolongement, et dont les dernières cimes couronnaient de hautes falaises à deux lieues du château.

Ils continuaient cependant de marcher avec une sorte de résolution fiévreuse, s'étant déterminés à aller toujours droit devant eux. Il leur arrivait presque à chaque pas de se heurter contre des troncs d'arbres ou de s'embarrasser dans les halliers. Ils descendaient et montaient des pentes rapides, et quelquefois traversaient de larges ravines marécageuses où leurs pieds s'imprimaient dans la fange. Par intervalles ils s'arrêtaient pour se consulter brièvement. Des exclamations découragées, des demi-mots douloureux s'échappaient, quoique rarement, des lèvres de Sibylle:

— Mon Dieu! que je suis punie!… Que va-t-on penser?… Pauvres coeurs qui m'aiment tant, et que j'ai oubliés, comme ils doivent être inquiets!

Elle s'asseyait un moment, n'en pouvant plus, toute grelottante, puis elle disait: — Allons! — et se remettait vaillamment en marche.

Raoul était désespéré. Il gardait le plus souvent un silence morne. Il soutenait Sibylle avec un énergie convulsive; il l'entourait d'attentions et de tendresses maternelles. Il y eut un instant où, malgré sa résistance, il l'enleva dans ses bras, et la porta comme un enfant, pour passer une fondrière où il s'enfonçait lui-même jusqu'aux genoux.

Depuis deux longues heures, ils erraient ainsi, perdus dans les bois, dans la brume et dans la nuit, quand, au sortir d'une vallée profonde, ils virent confusément devant eux une haute colline boisée qui s'élevait en forme d'amphithéâtre. Tous deux en même temps reconnurent, à cette disposition particulière du terrain, que leur course désespérée les avait conduits à l'extrémité même de la forêt, sur le revers des falaises où elle venait mourir. Quoiqu'ils fussent à une grande distance du château, la proximité du rivage leur assurait du moins dès ce moment une route connue. Sibylle, ranimée par cette découverte, se mit à gravir rapidement et presque joyeusement la rampe des collines; mais arrivée sur le sommet, et comme ils quittaient enfin l'obscure enceinte des bois, elle défaillit, et sa tête s'affaissa sur la poitrine de Raoul. Il l'appela doucement:

— Sibylle!

Elle ne répondit pas.

Pendant qu'il la soutenait de toutes les forces qui lui restaient, il promenait autour de lui des yeux à demi égarés. Tout à coup son visage s'éclaira; ils distinguait à quelques pas sur la falaise la forme basse et écrasée d'un toit de chaume, d'une sorte de masure qu'il reconnut aussitôt; une lumière s'en échappait par quelque ouverture et brillait à travers la brume. Raoul éleva la voix:

— Jacques! cria-t-il, Jacques! à moi! C'est Sibylle! mademoiselle Sibylle! Viens vite!

Un bruit de pas précipités se fit entendre, et Jacques Féray sortit du brouillard.

— Ah! mon pauvre garçon! reprit Raoul d'une voix agitée, que je suis heureux de te trouver! Je ne savais plus si j'étais de ce monde… Quelle nuit!… Tu vois, elle est malade!… Fais du feu, vite!

— J'en ai, dit Jacques Féray, que rien n'étonnait. Venez.

Raoul emporta Sibylle dans ses bras et suivit le fou dans sa chaumière. Un reste de feu brûlait dans un coin entre quelques grosses pierres qui tenaient lieu de foyer. Jacques Féray y jeta une brassée d'ajoncs épineux, et la vive flamme qui s'en éleva aussitôt rayonna sur les murs désolés de ce réduit avec un air de gaieté bizarre. Raoul déposa la jeune fille évanouie devant cette claire attisée, et, continuant de la soutenir à demi:

— Va vite, dit-il à Jacques, va chercher des bruyères, des feuilles… tant que tu pourras!

Jacques sortit et rentra à plusieurs reprises, et peu de minutes après le sol de la hutte était jonché de bruyères et de feuilles sèches que Raoul disposa à la hâte en forme de couche, et sur lesquelles il étendit Sibylle. Au bout d'un instant, elle soupira et entr'ouvrit les yeux. En voyant Raoul penché sur elle, elle sourit; puis, tout étonnée:

— Où sommes-nous donc? dit-elle.

— Chez votre ami Jacques Féray, dit-il en la rassurant du regard. Ne craignez plus rien. Remettez-vous… Je vais l'envoyer au château tout à l'heure,… quand la brume sera un peu dissipée. Reposez-vous… Tâchez de dormir. Je veille sur vous.

— Oui… Je suis bien fatiguée!

Et, rencontrant l'oeil ardent et affectueux de Jacques Féray:

— Bonjour, mon Jacques, dit-elle faiblement.

Puis, se tournant vers le feu:

— Que j'ai froid! que cela me fait du bien!

Ses yeux se refermèrent, sa tête s'appesantit sur son oreiller de bruyères, et elle s'endormit.

Raoul recommanda le silence à Jacques Féray par un geste impérieux. Jacques crut comprendre qu'il lui ordonnait de sortir; il sortit sur la pointe du pied et alla se coucher sur le gazon de la falaise à quelques pas de la masure. Quelques minutes après, il se mit à chanter de sa voix douce et mélodieuse un de ces refrains plaintifs qu'il avait chantés dans les veillées du bord, quand il était matelot, et qu'il avait répétés souvent près du berceau de sa petite fille. Raoul, assis sur une des pierres du foyer et penché sur Sibylle endormie, écoutait avec émotion ce chant monotone, qui, à cette heure et dans ce lieu, était d'une tristesse infinie. De temps à autre, il jetait un regard inquiet sur la falaise à travers la porte entr'ouverte: il fut heureux de reconnaître que le brouillard était moins intense. Il écrivit quelques lignes à la lueur du feu sur une page de son portefeuille; il instruisait M. de Férias des événements de la nuit et l'informait avec précaution de l'état de Sibylle. Puis il sortit de la hutte et remit ce billet à Jacques Féray, en le chargeant de le porter au château le plus vite qu'il pourrait. Jacques se mit en marche aussitôt du pas rapide et comme affolé qui lui était propre.

Raoul rentra alors dans la chaumière; il grelottait sous ses vêtements humides. Il s'assit sur l'escabeau qui composait tout le mobilier de Jacques Féray. Sibylle continuait de dormir profondément. Son visage, illuminé par instants des reflets du foyer, s'encadrait gracieusement dans les plis blancs de sa mante et semblait sourire; mais il portait les traces effrayantes des émotions et des fatigues de cette cruelle nuit. Les yeux de la jeune fille étaient cernés d'un sillon bleuâtre; sa pâleur de neige était traversée par des rougeurs soudaines, et un souffle précipité soulevait à la fois son sein et ses deux mains qu'elle y avait posées.

Raoul demeura plusieurs heures immobile à cette place, sans détacher ses yeux de cette douce figure, dont la beauté pure et brisée faisait songer aux jeunes martyres chrétiennes. Les craintes les plus affreuses traversaient son esprit. Ce qui se passa dans son âme, depuis longtemps ébranlée, pendant cette contemplation douloureuse, lui-même sans doute pourrait à peine le dire: — il y a des attendrissements, des douleurs, des adorations, des coups de lumière qui descendent dans l'homme à des profondeurs que le langage n'atteint pas. — Tout à coup il tressaillit, ses yeux se mouillèrent, il tomba sur ses genoux, le front dressé vers le ciel, et il fut évident qu'il priait.

Un léger froissement l'éveilla, après quelques minutes, de l'abstraction où il était plongé. Sibylle s'était soulevée sur son lit de feuilles, et elle le regardait d'un oeil étincelant:

— Raoul… balbutia-t-elle en joignant ses mains comme incertaine, vous priez?

Il lui saisit les deux mains comme hors de lui:

— Oui,… Sibylle,… je prie! je crois!…. je crois qu'il n'y a rien de vrai dans l'univers, ou que vous êtes un ange immortel!

Un flot de larmes jaillit de son coeur avec ce cri. — Sibylle était retombée sur sa couche, comme accablée par une joie surhumaine; un sourire d'extase entr'ouvrait sa bouche, et ses yeux demeuraient attachés tout rayonnants sur les yeux de Raoul, d'où les larmes coulaient silencieusement… La jeune fille, trop émue pour parler, eut un mouvement d'une grâce et d'une tendresse inexprimables; elle retira sa main baignée de ces pleurs sacrés, l'approcha de ses lèvres et la baisa.

Les lueurs grises de l'aube commençaient alors à pénétrer dans la hutte. Un bruit de voix confuses et de pas hâtés se fit entendre sur la falaise. Presque aussitôt M. et madame de Férias parurent sur le seuil; miss O'Neil les accompagnait. — Pendant que la marquise et l'Irlandaise couvraient Sibylle de caresses et la pressaient de questions inquiètes, M. de Férias échangeait avec Raoul quelques paroles rapides.

— Ma pauvre enfant, dit-il ensuite, ma pauvre chère enfant!…

Et il l'embrassait avec agitation.

— Pourrez-vous marcher… croyez-vous?… Voulez-vous qu'on vous porte? La voiture est en bas sur la grève… Monsieur, aidez-moi, je vous prie.

Sibylle se dressa avec un peu d'effort, puis elle se mit debout.

— Oh! je marcherai! dit-elle gaiement. Je suis tout à fait remise… j'irais au bout du monde!

Elle jeta un regard à Raoul, et s'appuyant sur la bras de son grand-père, elle sortit de la hutte.

Comme ils traversaient la largeur de la falaise pour gagner un sentier qui descendait sur la plage à travers une déchirure oblique des rochers, le jour achevait de naître, et le soleil jaillit brusquement des flots, pareil à une sphère d'or qui s'enlève. — Sibylle s'arrêta une minute comme éblouie, puis elle se tourna vers Raoul, qui la suivait, et, sans parler, lui montra de son doigt levé cet horizon radieux. Au moment de s'engager dans le sentier, elle se retourna encore:

— Vous venez avec nous, n'est-ce pas?

Sa voix était si tranquille et si sonore, son oeil si riant, sa démarche si légère, que Raoul sentait se dissiper peu à peu les extrêmes alarmes qui depuis quelques heures l'avaient torturé. Rentrant alors lui-même avec une sorte d'enjouement dans la familiarité de la vie:

— Non! dit-il, je vous gênerais… D'ailleurs mon chemin est très-court par le haut des falaises… et, de plus, la marche me fera du bien… Je suis transi… Mais à bientôt!… et ne doutez pas de moi!…

Elle lui tendit la main, et disparut bientôt dans les détours du sentier.

Dès qu'il l'eut perdue de vue, Raoul s'achemina à grands pas dans la direction du village, et après une demi-heure il arrivait au presbytère. Il s'étonna d'apercevoir devant la grille du jardin la voiture qui avait emmené Sibylle. Il s'informa à la hâte: un domestique lui dit que mademoiselle de Férias s'était trouvée si mal tout à coup qu'on n'avait pu la transporter plus loin. — Le marquis accourut au-devant de lui, les traits décomposés. Sibylle était en proie à une fièvre effroyable, elle délirait. — Ils se consultèrent tous deux un moment, puis quelques minutes plus tard M. de Chalys partait dans la voiture. Il changea de chevaux au château et se rendit à la ville épiscopale de ***, qui était à sept lieues de Férias, pour y réclamer les services d'un médecin qui avait quelque célébrité dans le pays. — Le marquis l'avait prié de mander en outre un médecin de Paris. La ville de *** n'ayant pas de station télégraphique, Raoul dut aller jusqu'à la gare la plus prochaine, à deux lieues de là, pour y expédier sa dépêche.

Toutes ces excursions, avec les difficultés de voitures et de chevaux, lui prirent la journée, et il étai six heures du soir environ quand il vint descendre devant le presbytère, le corps et l'esprit écrasés de fatigue, d'impatience et d'inquiétude.

Comme il entrait dans le jardin, il se trouva en face du médecin qu'il était allé requérir dans la matinée, et qui se promenait à pas lents, le front soucieux.

— Eh bien, monsieur? lui dit-il.

— Eh bien, c'est une fièvre pernicieuse… une espèce de fièvre paludéenne,… l'excès des émotions… et puis cette nuit passée dans le brouillard et dans les marais…

— Il y a du danger?

— Beaucoup.

— Ah, monsieur… sauvez-la!

— Vous pouvez être assuré, monsieur, que je ne néglige rien… Si elle résiste au premier accès, on peut espérer… mais cet accès a été terrible… Cela commence à se calmer;… elle ne crie plus… Nous allons voir!

Madame de Férias et miss O'Neil se montrèrent sur le seuil de la maison. Il courut à elles. Toutes deux lui prirent les mains sans parler.

— Ah! madame!… Ah! Dieu du ciel!… vous ne me dites rien?

— Elle est un peu mieux, murmura la marquise.

— Ah! misérable que je suis!

— Non, monsieur, non,… remettez-vous. Elle nous a tout conté ce matin… Nous ne vous reprochons rien… C'est un malheur qui nous est commun, voilà tout. Nous espérons d'ailleurs depuis un moment.

La voix de M. de Férias se fit entendre sur l'escalier.

— Louise! dit-il, voulez-vous venir?

Le deux femmes entrèrent aussitôt et le médecin les suivit précipitamment.

M. de Chalys, demeuré seul, fit quelques pas au hasard en appuyant sa main sur son front brûlant, puis il s'arrêta pour écouter. Aucun son ne parvenait à son oreille. Un silence doux et mélancolique régnait dans l'enceinte du petite jardin, qu'enveloppaient déjà les ombres du crépuscule.

Pour tromper les agitations intolérables de sa pensée, il sortit et se promena quelque temps dans le chemin devant la grille. Tout à coup il se mit à gravir la lande, traversa le cimetière et entra dans l'église. Quand les peintures inachevées des murailles et de la voûte, souvenirs de tant d'espérances et de tant d'heures heureuses, lui apparurent dans le demi-jour de la nef, une impression poignante lui serra le coeur. Il joignit ses mains dans une convulsion de douleur, se jeta à genoux sur les dalles, et, le front battant sur les degrés de l'autel, il sanglota follement.

Il était là, priant et pleurant, quand une main lui toucha l'épaule; il se leva: l'abbé Renaud était devant lui, pâle et muet. Raoul lui prit la main, et, le regardant dans les yeux:

— Ah! mon père! cria-t-il, que venez-vous me dire?… Epargnez-moi, mon père!… Ce n'est pas fini? dites!… Ce n'est pas fini?… Elle n'est pas morte,… n'est-ce pas?… Oh! je vous en prie!… Mon Dieu! qu'est-ce que je ferais au monde?… Elle n'est pas morte… Ne me dites pas qu'elle est morte,… je vous en prie,… je vous en supplie!

Et il tomba aux genoux du prêtre, dans un transport qui tenait du délire.

Le vieillard le releva.

— Mon ami,… calmez-vous,… songez à Dieu! Venez,… elle vous demande.

— Elle me demande?

Il l'interrogea encore d'un oeil plein d'angoisse, et, voyant les lèvres du curé s'agiter vaguement, il le suivit sans parler. Ils descendirent la lande en silence. — Comme ils montaient l'étroit escalier du presbytère, ils rencontrèrent le médecin, qui saisit la main de Raoul au passage.

— Soyez hommes, monsieur! lui dit-il.

Ils pénétrèrent alors dans la petite chambre que Raoul avait occupée. C'était là qu'on avait transporté Sibylle. — Le marquis de Férias, la marquise et miss O'Neil étaient groupés vers la tête du lit: leurs traits, sillonnés de larmes récentes, étaient graves et calmes. Le premier regard de Raoul rencontra les grands yeux bleus de Sibylle, dirigés vers l'entrée de la chambre avec une expression d'anxiété qui s'apaisa dès qu'elle l'eut reconnu. Il s'approcha du lit: le visage de Sibylle, enveloppé dans la masse dénouée et tourmentée de ses cheveux blonds, respirait une sérénité, une grâce et une sorte d'allégresse qui firent d'abord illusion à Raoul. Elle remua faiblement la tête en lui souriant, puis aussitôt elle leva les yeux sur le curé, qui s'avança.

— Monsieur, dit le vieillard d'une voix lente et pénible, mais accentuée, mademoiselle de Férias, en ce moment suprême, aurait souhaité de vous être unie par la bénédiction nuptiale. Elle ignorait et j'ai dû lui apprendre que mon devoir m'interdit de consacrer une telle union; mais je ferai du moins tout ce que ma conscience me permet pour donner à ce coeur… qui vous a tant chéri… une dernière consolation.

Il fit une pause, puis il ajouta:

— Mademoiselle de Férias m'a dit, monsieur, que vous partagiez désormais sa pure croyance et ses espérances éternelles?

— Oui, monsieur, dit Raoul: — à jamais!

Un rayon de joie passa comme une flamme sur les traits de
Sibylle. — Le vieillard se recueillit un moment:

— Donnez-lui la main, reprit-il.

Raoul enlaça doucement sa main dans celle de Sibylle.

Le vieux prêtre leva alors son regard humide vers le ciel, et d'une voix que l'émotion brisait:

— Mon Dieu! dit-il, Dieu de bonté! vous savez comme ils se sont aimés… et comme ils ont souffert!… Que ces deux âmes, si dignes l'une de l'autre, et que vous allez séparer,… soient unies un jour dans l'éternité!… Et daignez bénir la promesse que je leur en fais en votre nom… Ainsi soit-il!

Un bruit de sanglots éclata dans la chambre pendant que le vieux prêtre achevait cette prière, et lui-même ne put retenir ses pleurs. Sibylle seule ne pleurait pas: son front et ses yeux semblaient baignés d'une lumière souriante. — Après une minute, elle appela le curé du regard; il s'inclina vers le chevet; elle parut lui parler à voix basse avec une sorte de timidité.

— Monsieur, dit-il à Raoul en se relevant, embrassez-la.

Raoul se pencha sur la couche et posa ses lèvres tremblantes sur le front et sur les cheveux de la jeune fille. Les joues de la pauvre enfant se teignirent soudain d'une légère teinte rosée; elle adressa à Raoul un regard empreint d'une tendresse et d'une douceur infinies, puis brusquement la faible rougeur qui l'avait envahie se dissipa comme si un souffle l'eût enlevée; elle pâlit mortellement, l'ombre de ses longs cils s'abaissa, elle entr'ouvrit les lèvres, et sa beauté inaltérée se fixa dans une immobilité radieuse. — Il semblait que la mort ne l'eût prise qu'avec respect………………………………

On voit aujourd'hui trois tombes blanches dans le petit cimetière de la falaise. Sur la plus blanche, dont le marbre est souvent jonché de fleurs sauvages, on lit cette simple inscription: "Sibylle-Anne de Férias. — Dix-neuf ans." — Et plus bas: "In aeternum!"

________

Depuis les derniers événements de ce récit, le comte Raoul de Chalys habite le château de Férias. Pour obéir aux volontés de Sibylle et au désir des deux vieillards qui le nomment aujourd'hui leur fils, il ne le quittera plus jamais. Il semble avoir pris en même temps l'héritage des vertus de mademoiselle de Férias. Les gens du pays, accablés de ses bienfaits, témoignent à ce jeune homme sombre, sévère et pieux un respect voisin de la superstition. Ils savent à peine son nom. Ils l'appellent "le fiancé de Mademoiselle."

FIN

TABLE