A MES ENFANTS
"Le nom que je vous lègue, et que j'ai honoré, n'est pas le mien. Mon père se nommait Savage. Il était régisseur d'une plantation considérable sise dans l'île, française alors, de Sainte-Lucie, et appartenant à une riche et noble famille du Dauphiné, celle des Champcey d'Hauterive. En 1793, mon père mourut, et j'héritai, quoique bien jeune encore, de la confiance que les Champcey avaient mise en lui. Vers la fin de cette année funeste, les Antilles françaises furent prises par les Anglais, ou leur furent livrées par les colons insurgents. Le marquis de Champcey d'Hauterive (Jacques-Auguste), que les ordres de la Convention n'avaient pas encore atteint, commandait alors la frégate la Thétis, qui croisait depuis trois ans dans ces mers. Un assez grand nombre des colons français répandus dans les Antilles étaient parvenus à réaliser leur fortune, chaque jour menacée. Ils s'étaient entendus avec le commandant de Champcey pour organiser une flottille de légers transports sur laquelle ils avaient fait passer leurs biens, et qui devait entreprendre de se rapatrier sous la protection des canons de la Thétis. Dès longtemps, en prévision de désastres imminents, j'avais reçu moi-même l'ordre et le pouvoir de vendre à tout prix la plantation que j'administrais après mon père. Dans la nuit du 14 novembre 1793, je montais seul dans un canot à la pointe du Morne-au-Sable, et je quittais furtivement Sainte-Lucie, déjà occupée par l'ennemi. J'emportais en papier anglais et en guinées le prix que j'avais pu retirer de la plantation. M. de Champcey, grâce à la connaissance minutieuse qu'il avait acquise de ces parages, avait pu tromper la croisière anglaise et se réfugier dans la passe difficile et inconnue du Gros-Ilet. Il m'avait ordonné de l'y rallier cette nuit même, et il n'attendait que mon arrivée à bord pour sortir de cette passe avec la flottille qu'il escortait, et mettre le cap sur la France. Dans le trajet, j'eus le malheur de tomber aux mains des Anglais. Ces maîtres en trahison me donnèrent le choix d'être fusillé sur-le-champ ou de leur vendre, moyennant le million dont j'étais porteur et qu'ils m'abandonnaient, le secret de la passe où s'abritait la flottille… J'étais jeune… La tentation fut trop forte… Une demi-heure plus tard la Thétis était coulée, la flottille capturée, et M. de Champcey grièvement blessé!… Une année se passa, une année sans sommeil… Je devenais fou… Je résolus de faire payer à l'Anglais maudit les remords qui me déchiraient. Je passai à la Guadeloupe; je changeai de nom; je consacrai la plus grande partie du prix de mon forfait à l'achat d'un brick armé, et je courus sus aux Anglais. J'ai lavé pendant quinze ans dans leur sang et dans le mien la tache que j'avais faite dans une heure de faiblesse au pavillon de mon pays. Bien que ma fortune actuelle ait été acquise pour plus des trois quarts dans de glorieux combats, l'origine n'en reste pas moins ce que j'ai dit.
"Revenu en France dans ma vieillesse, je m'informai de la situation des Champcey d'Hauterive: elle était heureuse et opulente. Je continuai de me taire. Que mes enfants me pardonnent! Je n'ai pu trouver le courage, tant que j'ai vécu, de rougir devant eux; mais ma mort doit leur livrer ce secret, dont ils useront suivant les inspirations de leur conscience. Pour moi, je n'ai plus qu'une prière à leur adresser: il y aura tôt ou tard une guerre finale entre la France et sa voisine d'en face; nous nous haïssons trop: on aura beau faire, il faudra que nous les mangions ou qu'ils nous mangent! Si cette guerre éclatait du vivant de mes enfants ou de mes petits-enfants, je désire qu'ils fassent don à l'Etat d'une corvette armée et équipée, à la seule condition qu'elle se nommera la Savage, et qu'un Breton la commandera. A chaque bordée qu'elle enverra sur la rive carthaginoise, mes os tressailliront d'aise dans ma tombe!
"RICHARD SAVAGE, dit LAROQUE."
Les souvenirs que réveilla soudain dans mon esprit la lecture de cette confession effroyable m'en confirmèrent l'exactitude. J'avais entendu conter vingt fois par mon père, avec un mélange de fierté et d'amertume, le trait de la vie de mon aïeul auquel il était fait allusion. Seulement on croyait dans ma famille que Richard Savage, dont le nom m'était parfaitement présent, avait été la victime et non le promoteur de la trahison ou du hasard qui avait livré le commandant de la Thétis.
Je m'expliquai dès ce moment les singularités qui m'avaient souvent frappé dans le caractère du vieux marin, et en particulier son attitude pensive et timide vis-à-vis de moi. Mon père m'avait toujours dit que j'étais le vivant portrait de mon aïeul, le marquis Jacques, et sans doute quelques lueurs de cette ressemblance pénétraient de temps à autre, à travers les nuages de son cerveau, jusqu'à la conscience troublée du vieillard.
A peine maître de cette révélation, je tombai dans une horrible perplexité. Je ne pouvais, pour mon compte, éprouver qu'une faible rancune contre cet infortuné, chez lequel les défaillances du sens moral avaient été rachetées par une longue vie de repentir et par une passion de désespoir et de haine qui ne manquait point de grandeur. Je ne pouvais même respirer sans une sorte d'admiration le souffle sauvage qui animait les lignes tracées par cette main coupable, mais héroïque. Cependant que devais-je faire de ce terrible secret? Ce qui me saisit tout d'abord, ce fut la pensée qu'il détruisait tout obstacle entre Marguerite et moi, que désormais cette fortune qui nous avait séparés devait être entre nous un lien presque obligatoire, puisque moi seul au monde je pouvais la légitimer en la partageant. A la vérité, ce secret n'était point le mien, et quoique le plus innocent des hasards m'en eût instruit, la stricte probité exigeait peut-être que je le laissasse arriver à son heure entre les mains auxquelles il était destiné; mais quoi! en attendant ce moment, l'irréparable allait s'accomplir! Des noeuds indissolubles allaient être serrés! La pierre du tombeau allait tomber pour jamais sur mon amour, sur mes espérances, sur mon coeur inconsolable! Et je le souffrirais quand je pouvais l'empêcher d'un seul mot! Et ces pauvres femmes, elles-mêmes, le jour où la fatale vérité viendrait rougir leurs fronts, partageraient peut-être mes regrets, mon désespoir!
Elles me crieraient les premières:
— Ah! si vous le saviez, que n'avez-vous parlé!
Eh bien, non! ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais, s'il ne tient qu'à moi, la honte ne rougira ces deux nobles fronts. Je n'achèterai point mon bonheur au prix de leur humiliation. Ce secret qui n'appartient qu'à moi, que ce vieillard, muet désormais pour toujours, ne peut plus trahir lui-même, ce secret n'est plus: la flamme l'a dévoré.
J'y ai bien pensé. Je sais ce que j'ai osé faire. C'était là un testament, un acte sacré, et je l'ai détruit. De plus il ne devait pas profiter à moi seul. Ma soeur qui m'est confiée, y pouvait trouver une fortune, et sans son avis je l'ai replongée de ma main dans la pauvreté. Je sais tout cela; mais deux âmes pures, élevées et fières ne seront pas écrasées et flétries sous le fardeau d'un crime qui leur fut étranger. Il y avait là un principe d'équité qui m'a paru supérieur à toute justice littérale. Si j'ai commis un crime à mon tour, j'en répondrai!… Mais cette lutte m'a broyé, je n'en puis plus!
4 octobre.
M. Laubépin était enfin arrivé hier dans la soirée. Il vint me serrer la main. Il était préoccupé, brusque et mécontent. Il me parla brièvement du mariage qui se préparait.
— Opération fort heureuse, dit-il, combinaison fort louable à tous égards, où la nature et la société trouvent à la fois les garanties qu'elles ont droit d'exiger en pareille occurrence. Sur quoi, jeune homme, je vous souhaite une bonne nuit, et je vais m'occuper de déblayer le terrain délicat des conventions préliminaires, afin que le char de cet hymen intéressant arrive au but sans cahots.
On se réunissait dans le salon aujourd'hui à une heure de l'après-midi, au milieu de l'appareil et du concours accoutumés, pour procéder à la signature du contrat. Je ne pouvais assister à cette fête, et j'ai béni ma blessure qui m'en épargnait le supplice. J'écrivais à ma petite Hélène, à qui je m'efforce plus que jamais de vouer mon âme tout entière, quand, vers trois heures, M. Laubépin et mademoiselle de Porhoët sont entrés dans ma chambre. M. Laubépin dans ses fréquents voyages à Laroque, ne pouvait manquer d'apprécier les vertus de ma vénérable amie, et il s'est formé dès longtemps entre ces deux vieillards un attachement platonique et respectueux dont le docteur Desmarets s'évertue vainement à dénaturer le caractère. Après un échange de cérémonies, de saluts et de révérences interminables, ils ont pris les sièges que je leur avançais, et tous les deux se sont mis à me considérer avec un air de grave béatitude.
— Eh bien! ai-je dit, c'est terminé?
— C'est terminé! ont-ils répondu à l'unisson.
— Cela s'est bien passé?
— Très bien! a dit mademoiselle de Porhoët.
— A merveille! a ajouté M. Laubépin. Puis, après une pause:
— Le Bévallan est au diable!
— Et la jeune Hélouin sur la même route, a repris mademoiselle de Porhoët.
J'ai poussé un cri de surprise:
— Bon Dieu! qu'est-ce que c'est que tout cela?
— Mon ami, a dit M. Laubépin, l'union projetée présentait tous les avantages désirables, et elle aurait assuré, à n'en point douter, le bonheur commun des conjoints, si le mariage était une association purement commerciale; mais il n'en est point ainsi. Mon devoir, lorsque mon concours a été réclamé dans cette circonstance intéressante, était donc de consulter le penchant des coeurs et la convenance des caractères, non moins que la proportion des fortunes. Or j'ai cru observer dès l'abord que l'hymen qui se préparait avait l'inconvénient de ne plaire proprement à personne, ni à mon excellente amie madame Laroque, ni à l'aimable fiancée, ni aux amis les plus éclairés de ces dames, à personne enfin, si ce n'est peut-être au fiancé, dont je me souciais très médiocrement. Il est vrai (je dois cette remarque à mademoiselle de Porhoët), il est vrai, dis-je, que le fiancé est gentilhomme…
— Gentleman, s'il vous plaît, a interrompu mademoiselle de Porhoët d'un accent sévère.
— Gentleman, a repris M. Laubépin, acceptant l'amendement; mais c'est une espèce de gentleman qui ne me va pas.
— Ni à moi, a dit mademoiselle de Porhoët. Ce sont des drôles de cette espèce, des palefreniers sans moeurs comme celui-ci, que nous vîmes, au siècle dernier, sous la conduite de M. le duc de Chartres d'alors, sortir des écuries anglaises pour préluder à la Révolution.
— Oh! s'ils n'avaient fait que préluder à la Révolution, dit sentencieusement M. Laubépin, on leur pardonnerait.
— Je vous demande un million d'excuses, mon cher monsieur; mais parlez pour vous! Au reste, il ne s'agit pas de cela; veuillez continuer.
— Donc, a repris M. Laubépin, voyant qu'on allait généralement à cette noce comme à un convoi mortuaire, je cherchai quelque moyen à la fois honorable et légal, sinon de rendre à M. de Bévallan sa parole, du moins de l'engager à la reprendre. Le procédé était d'autant plus licite, qu'en mon absence M. de Bévallan avait abusé de l'inexpérience de mon excellente amie madame Laroque et de la mollesse de mon confrère du bourg voisin, pour se faire assurer des avantages exorbitants. Sans m'écarter de la lettre des conventions, je réussis à en modifier sensiblement l'esprit. Toutefois l'honneur et la parole donnée m'imposaient des limites que je ne pus franchir. Le contrat, malgré tout, restait encore suffisamment avantageux pour qu'un homme doué de quelque hauteur d'âme et animé d'une véritable tendresse pour la future pût l'accepter avec confiance. M. de Bévallan serait-il cet homme? Nous dûmes en courir la chance. Je vous avoue que je n'étais pas sans émotion lorsque j'ai commencé ce matin, en face d'un imposant auditoire, la lecture de cet acte irrévocable.
— Pour moi, a interrompu mademoiselle de Porhoët, je n'avais plus une goutte de sang dans les veines. La première partie du contrat faisait même une part si belle à l'ennemi, que j'ai cru tout perdu.
— Sans doute, mademoiselle; mais, comme nous le disons entre augures, c'est dans la queue qu'est le venin, in cauda venenum! Il était plaisant, mon ami, de voir la mine de M. de Bévallan et celle de mon confrère de Rennes qui l'assistait, lorsque je suis venu brusquement à démasquer mes batteries. Ils se sont d'abord regardés en silence, puis ils ont chuchoté entre eux, enfin ils se sont levés, et, s'approchant de la table devant laquelle je siégeais, ils m'ont demandé à voix basse des explications.
"— Parlez haut, s'il vous plaît, messieurs, leur ai-je dit: il ne faut point de mystère ici. Que voulez-vous?
"Le public commençait à prêter l'oreille. M. de Bévallan, sans hausser la voix, m'a insinué que ce contrat était une oeuvre de méfiance.
"— Une oeuvre de méfiance, monsieur! ai-je repris du ton le plus élevé de mon organe. Que prétendez-vous dire par là? Est-ce contre madame Laroque, contre moi, ou contre mon confrère ici présent, que vous dirigez cette étrange imputation?
"— Chut! silence! point de bruit! a dit alors le notaire de Rennes de l'accent le plus discret; mais, voyons: il était convenu d'abord que le régime dotal serait écarté…
"— Le régime dotal, monsieur? Et où voyez-vous qu'il soit question ici du régime dotal?
"—Allons, mon confrère, vous savez bien que vous le rétablissez par un subterfuge!
"—Subterfuge, mon confrère? Permettez-moi, comme à votre ancien, de vous engager à rayer ce mot de votre vocabulaire!
"— Mais enfin, a murmuré M. de Bévallan, on me lie les mains de tous côtés; on me traite comme un petit garçon.
"—Comment, monsieur? Que faisons-nous donc ici à cette heure, selon vous? est-ce un contrat ou un testament? Vous oubliez que madame Laroque est vivante, que monsieur son père est vivant, que vous vous mariez, monsieur, que vous n'héritez pas… pas encore, monsieur! un peu de patience! que diable!
"Sur ces mots, mademoiselle Marguerite s'est levée.
"— En voilà assez, a-t-elle dit. Monsieur Laubépin, jetez ce contrat au feu. Ma mère, faites rendre à monsieur ses présents.
"Puis elle est sortie d'un pas de reine outragée. Madame Laroque l'a suivie. En même temps je lançai le contrat dans la cheminée.
"— Monsieur, m'a dit alors M. de Bévallan d'un ton menaçant, il y a là une manoeuvre dont j'aurai le secret.
"— Monsieur, je vais vous le dire, ai-je répondu. Une jeune personne qui s'estime elle-même avec une juste fierté avait conçu la crainte que votre recherche ne s'adressât à sa fortune; elle a voulu s'en assurer: elle n'en doute plus. J'ai l'honneur de vous saluer.
"Là-dessus, mon ami, je suis allé retrouver ces dames, qui m'ont, ma foi! sauté au cou. Un quart d'heure après, M. de Bévallan quittait le château avec mon confrère de Rennes. Son départ et sa disgrâce ont eu pour effet inévitable de déchaîner contre lui toutes les langues des domestiques, et son imprudente intrigue avec mademoiselle de Hélouin a bientôt éclaté. La jeune demoiselle, déjà suspecte à d'autres titres depuis quelque temps, a demandé son congé, et on ne le lui a pas refusé. Il est inutile d'ajouter que ces dames lui assurent une existence honorable… Eh bien, mon garçon, qu'est-ce que vous dites de tout cela? Est-ce que vous souffrez davantage? Vous êtes pâle comme un mort…
La vérité est que ces nouvelles inattendues avaient soulevé en moi tant d'émotions à la fois heureuses et pénibles, que je me sentais près de perdre connaissance.
M. Laubépin, qui doit repartir demain dès l'aurore, est revenu ce soir m'adresser ses adieux. Après quelques paroles embarrassées de part et d'autre:
— Ah çà! mon cher enfant, m'a-t-il dit, je ne vous interroge pas sur ce qui se passe ici: mais si vous aviez besoin par hasard d'un confident et d'un conseiller, je vous demanderais la préférence.
Je ne pouvais, en effet, m'épancher dans un coeur plus ami, ni plus sûr. J'ai fait au digne vieillard un récit détaillé de toutes les circonstances qui ont marqué, depuis mon arrivée au château, mes relations particulières avec mademoiselle Marguerite. Je lui ai même lu quelques pages de ce journal pour mieux lui préciser l'état de ces relations, et aussi l'état de mon âme. A part enfin le secret que j'avais découvert la veille dans les archives de M. Laroque, je ne lui ai rien caché.
Quand j'ai eu terminé, M. Laubépin, dont le front était devenu très soucieux depuis un moment, a repris la parole:
— Il est inutile de vous dissimuler, mon ami, m'a-t-il dit, qu'en vous envoyant ici, je préméditais de vous unir avec mademoiselle Laroque. Tout a réussi au gré de mes voeux. Vos deux coeurs, qui, selon moi, sont dignes l'un de l'autre, n'ont pu se rapprocher sans s'entendre; mais ce bizarre événement, dont la tour d'Elven a été le théâtre romantique, me déconcerte tout à fait, je vous l'avoue. Que diantre! mon jeune ami, sauter par la fenêtre, au risque de vous casser le cou, c'était, permettez-moi de vous le dire, une démonstration très suffisante de votre désintéressement; il était très superflu de joindre à cette démarche honorable et délicate le serment solennel de ne jamais épouser cette pauvre enfant à moins d'éventualités qu'il est absolument impossible d'espérer. Je me vante d'être homme de ressources, — mais je me reconnais entièrement incapable de vous donner deux cent mille francs de rente ou de les ôter à mademoiselle Laroque!
— Eh bien, monsieur, conseillez-moi. J'ai confiance en vous plus qu'en moi-même, car je sens que la mauvaise fortune, toujours exposée au soupçon, a pu irriter chez moi jusqu'à l'excès les susceptibilités de l'honneur. Parlez. M'engagez-vous à oublier le serment indiscret, mais solennel pourtant, qui en ce moment me sépare seul, je le crois, du bonheur que vous aviez rêvé pour votre fils d'adoption?
M. Laubépin s'est levé; ses épais sourcils se sont abaissés sur ses yeux, il a parcouru la chambre à grands pas pendant quelques minutes; puis, s'arrêtant devant moi et me saisissant la main avec force:
— Jeune homme, m'a-t-il dit, il est vrai, je vous aime comme mon enfant; mais, dût votre coeur se briser, et le mien avec le vôtre, je ne transigerai pas avec mes principes. Il vaut mieux outrepasser l'honneur que de rester en deçà: en matière de serments, tous ceux qui ne nous sont pas demandés sous la pointe du couteau ou à la bouche d'un pistolet, il ne faut pas les faire, ou il faut les tenir. Voilà mon avis.
— C'est aussi le mien. Je partirai demain avec vous.
— Non, Maxime, demeurez encore quelque temps ici… Je ne crois pas aux miracles, mais je crois à Dieu, qui souffre rarement que nous périssions par nos vertus. Donnons un délai à la Providence… Je sais que je vous demande un grand effort de courage, mais je le réclame formellement de votre amitié. Si dans un mois vous n'avez point reçu de mes nouvelles, eh bien, vous partirez.
Il m'a embrassé, et m'a laissé la conscience tranquille, l'âme désolée.
12 octobre.
Il y a deux jours, j'ai pur sortir de ma retraite et me rendre au château. Je n'avais pas vu mademoiselle Marguerite depuis l'instant de notre séparation dans la tour d'Elven. Elle était seule dans le salon quand j'y entrai: en me reconnaissant, elle fit un mouvement involontaire comme pour se lever; puis elle resta immobile, et son visage se teignit soudain d'une pourpre ardente. Cela fut contagieux, car je sentis que je rougissais moi-même jusqu'au front.
— Comment allez-vous, monsieur? me dit-elle en me tendant la main, et elle prononça ces simples paroles d'un ton de voix si doux, si humble, — hélas! si tendre, — que j'aurais voulu me mettre à deux genoux devant elle.
Cependant il fallut lui répondre sur le ton d'une politesse glacée. Elle me regarda douloureusement, puis elle baissa ses grands yeux d'un air de résignation et reprit son travail.
Presque au même instant, sa mère la fit appeler auprès de son grand-père, dont l'état devenait très alarmant. Depuis plusieurs jours, il avait perdu la voix et le mouvement: la paralysie l'avait envahi presque tout entier. Les dernières lueurs de la vie intellectuelles s'étaient éteintes; la sensibilité persistait seule avec la souffrance. On ne pouvait douter que la fin du vieillard ne fût proche; mais la vie avait pris trop fortement possession de ce coeur énergique pour s'en détacher sans une lutte obstinée. Le docteur avait prédit que l'agonie serait longue. Cependant, dès la première apparition du danger, madame Laroque et sa fille avaient prodigué leurs forces et leurs veilles avec l'abnégation passionnée et l'entrain de dévouement qui sont la vertu spéciale et la gloire de leur sexe. Avant-hier, dans la soirée, elles succombaient à la lassitude et à la fièvre; nous nous offrîmes, M. Desmarets et moi, pour les suppléer auprès de M. Laroque pendant la nuit qui commençait. Elles consentirent à prendre quelques heures de repos. Le docteur, très fatigué lui-même, ne tarda pas à m'annoncer qu'il allait se jeter sur un lit dans la pièce voisine.
— Je ne suis bon à rien ici, me dit-il; l'affaire est faite. Vous voyez, il ne souffre même plus, le pauvre bonhomme!… C'est un état de léthargie qui n'a rien de désagréable… Le réveil sera la mort… Ainsi on peut être tranquille. Si vous remarquez quelque changement, vous m'appellerez; mais je ne crois pas que ce soit avant demain. Je crève de sommeil, moi, en attendant!
Il fit entendre un bâillement sonore, et sortit. Son langage, sa tenue en face de ce mourant, m'avaient choqué. C'est pourtant un excellent homme; mais, pour rendre à la mort le respect qui lui est dû, il ne faut pas voir seulement la matière brute qu'elle dissout, il faut croire au principe immortel qu'elle dégage.
Demeuré seul dans la chambre funèbre, je m'assis vers le pied du lit, dont on avait relevé les rideaux, et j'essayai de lire à la clarté d'une lampe qui était posée près de moi sur une petite table. Le livre me tomba des mains: je ne pouvais penser qu'à la singulière combinaison d'événements qui, après tant d'années, donnait à ce vieillard coupable le petit-fils de sa victime pour témoin et pour protecteur de son dernier sommeil. Puis, au milieu du calme protecteur de l'heure et du lieu, j'évoquais malgré moi les scènes de tumulte et de violences sanguinaires dont avait été remplie cette existence qui finissait. J'en recherchais l'impression lointaine sur le visage de cet agonisant séculaire, sur ces grands traits dont le pâle relief se dessinait dans l'ombre comme celui d'un masque de plâtre. Je n'y voyais que la gravité et le repos prématuré de la tombe. Par intervalles, je m'approchais du chevet, pour m'assurer que le souffle vital soulevait encore la poitrine affaissée.
Enfin, vers le milieu de la nuit, une torpeur irréversible me gagna, et je m'endormis, le front appuyé sur ma main. Tout à coup je fus réveillé par je ne sais quels froissements lugubres; je levai les yeux, et je sentis passer un frisson dans la moelle de mes os. Le vieillard s'était dressé à demi dans son lit, et il tenait fixé sur moi un regard attentif, étonné, où brillait l'expression d'une vie et d'une intelligence qui jusqu'à cet instant m'avaient été étrangères. Quand mon oeil rencontra le sien, le spectre tressaillit; il étendit ses bras en croix, et me dit d'une voix suppliante, dont le timbre étrange, inconnu, suspendit le mouvement de mon coeur:
— Monsieur le marquis, pardonnez-moi!
Je voulus me lever, je voulus parler, ce fut en vain. J'étais pétrifié dans mon fauteuil.
Après une silence pendant lequel le regard du mourant, toujours enchaîné au mien, n'avait cessé de m'implorer:
— Monsieur le marquis, reprit-il, daignez me pardonner!
Je trouvai enfin la force d'aller vers lui. A mesure que j'approchais, il se retirait péniblement en arrière, comme pour échapper à un contact effrayant. Je levai une main, et l'abaissant doucement devant ses yeux démesurément ouverts et éperdus de terreur:
— Soyez en paix! lui dis-je, je vous pardonne!
Je n'eus pas achevé ces mots, que sa figure flétrie s'illumina d'un éclair de joie et de jeunesse. En même temps deux larmes jaillissaient de ses orbites desséchées. Il étendit une main vers moi, puis tout à coup cette main se ferma violemment et se raidit dans l'espace par un geste menaçant; je vis ses yeux rouler entre ses paupières dilatées, comme si une balle l'eût frappée au coeur.
— Oh! l'Anglais! murmura-t-il.
Il retomba aussitôt sur l'oreiller comme une masse inerte. Il était mort.
J'appelai à la hâte: on accourut. Il fut bientôt entouré de pieuses larmes et de prières. Pour moi, je me retirai, l'âme profondément troublée par cette scène extraordinaire, qui devait demeurer à jamais un secret entre ce mort et moi.
Ce triste événement de famille a fait aussitôt peser sur moi des soins et des devoirs dont j'avais besoin pour justifier à mes propres yeux la prolongation de mon séjour dans cette maison. Il m'est impossible de concevoir en vertu de quels motifs M. Laubépin m'a conseillé de différer mon départ. Que peut-il espérer de ce délai? Il me semble qu'il a cédé en cette circonstance à une sorte de vague superstition et de faiblesse puérile qui n'auraient jamais dû ployer un esprit de cette trempe, et auxquelles j'ai eu tort moi-même de me soumettre. Comment n'a-t-il pas compris qu'il m'imposait, avec un surcroît de souffrance inutile, un rôle sans franchise et sans dignité? Que fais-je ici désormais? N'est-ce pas maintenant qu'on pourrait me reprocher à bon droit de jouer avec des sentiments sacrés? Ma première entrevue avec mademoiselle Marguerite avait suffi pour me révéler toute la rigueur, toute l'impossibilité de l'épreuve à laquelle je m'étais condamné, quand la mort de M. Laroque est venue rendre pour quelque temps à mes relations un peu de naturel, et à mon séjour une sorte de bienséance.
26 octobre. — Rennes.
Tout est dit. — Mon Dieu! que ce lien était fort, comme il enveloppait tout mon coeur! comme il l'a déchiré en se brisant!
Hier soir, à neuf heures environ, comme j'étais accoudé sur ma fenêtre ouverte, je fus surpris de voir une faible lumière s'approcher de mon logis à travers les allées sombres du parc, et dans une direction que les gens du château n'avaient pas coutume de suivre. Un instant après, on frappa à ma porte, et mademoiselle de Porhoët entra toute haletante.
— Cousin me dit-elle, j'ai affaire à vous.
Je la regardai en face.
— Il y a un malheur? dis-je.
— Non, ce n'est pas exactement cela. Vous allez du reste en juger. Asseyez-vous… Mon cher enfant, vous avez passé deux ou trois soirées au château dans le courant de cette semaine: n'avez-vous rien observé de nouveau, de singulier dans l'attitude de ces dames?
— Rien.
— N'avez-vous pas au moins remarqué dans leur physionomie une sorte de sérénité inaccoutumée?
— Peut-être, oui. A part la mélancolie de leur deuil récent, elles m'ont semblé plus calmes, et même plus heureuses qu'autrefois.
— Sans doute. D'autres particularités vous auraient frappé, si vous aviez, comme moi, vécu depuis quinze jours dans leur intimité quotidienne. Ainsi j'ai souvent surpris entre elles les signes d'une intelligence secrète, d'une mystérieuse complicité. De plus leurs habitudes se sont sensiblement modifiées. Madame Laroque a mis de côté son brasero, sa guérite et toutes ses innocentes manies de créole; elle se lève à des heures fabuleuses, et s'installe dès l'aurore avec Marguerite devant la table de travail. Toutes deux se sont prises d'un goût passionné pour la broderie, et s'informent de l'argent qu'une femme peut gagner chaque jour avec ce genre d'ouvrage. Bref, il y avait là une énigme dont je m'évertuais vainement à chercher le nom. Ce mot vient de m'être révélé, et, quitte à entrer dans vos secrets plus avant qu'il ne vous convient, j'ai cru devoir vous le transmettre sans retard.
Sur les protestations d'absolue confiance que je m'empressai de lui adresser, mademoiselle de Porhoët continua, dans son langage doux et ferme:
— Madame Aubry est venue me trouver ce soir en catimini; elle a débuté par me jeter ses vilains bras autour du cou, ce qui m'a fort déplu; puis, à travers mille jérémiades personnelles que je vous épargne, elle m'a suppliée d'arrêter ses parentes sur le bord de leur ruine. Voici ce qu'elle a appris en écoutant aux portes, suivant sa gracieuse habitude: Ces dames sollicitent en ce moment l'autorisation d'abandonner tous leurs biens à une congrégation de Rennes, afin de supprimer entre Marguerite et vous l'inégalité de fortune qui vous sépare. Ne pouvant vous faire riche, elles se font pauvres. Il m'a semblé impossible, mon cousin, de vous laisser ignorer cette détermination, également digne de ces deux âmes généreuses et de ces deux têtes chimériques. Vous m'excuserez d'ajouter que votre devoir est de rompre ce dessein à tout prix. Quels repentirs il prépare infailliblement à nos amies, de quelle responsabilité terrible il vous menace, c'est ce qu'il est inutile de vous dire: vous le comprenez aussi bien que moi à vue de pays. Si vous pouviez, mon ami, accepter dès cette heure la main de Marguerite, cela finirait tout le mieux du monde; mais vous est lié à cet égard par un engagement qui, tout aveugle, tout imprudent qu'il ait été, n'en est pas moins obligatoire pour votre honneur. Il ne vous reste donc qu'un parti à prendre: c'est de quitter ce pays sans délai et de couper pied résolument à toutes les espérances que votre présence ici a pour effet inévitable d'entretenir. Quand vous ne serez plus là, il me sera facile de ramener ces deux enfants à la raison.
— Eh bien, je suis prêt; je vais partir cette nuit même.
— C'est bien, reprit-elle. Quand je vous donne ce conseil, mon ami, j'obéis moi-même à une loi d'honneur bien rigoureuse. Vous charmiez les derniers instants de ma longue existence: les plus doux attachements de la vie, perdus pour moi depuis tant d'années, vous m'en aviez rendu l'illusion. En vous éloignant, je fais mon dernier sacrifice: il est immense.
Elle se leva et me regarda un moment sans parler.
— On n'embrasse pas les jeunes gens à mon âge, reprit-elle en souriant tristement, on les bénit. Adieu, cher enfant, et merci. Que le bon Dieu vous soit en aide!
Je baisai ses mains tremblantes, et elle me quitta avec précipitation.
Je fis à la hâte mes apprêts de départ, puis j'écrivis quelques lignes à madame Laroque. Je la suppliais de renoncer à une résolution dont elle n'avait pu mesurer la portée, et dont j'étais fermement déterminé, pour ma part, à ne point me rendre complice. Je lui donnais ma parole, — et elle savait qu'on pouvait y compter, — que je n'accepterais jamais mon bonheur au prix de sa ruine. En terminant, pour la mieux détourner de son projet insensé, je lui parlais vaguement d'un avenir prochain où je feignais d'entrevoir des chances de fortune.
A minuit, quand tout fut endormi, je dis adieu, un adieu cruel, à ma retraite, à cette vieille tour où j'avais tant souffert, — où j'avais tant aimé! — et je me glissai dans le château par une porte dérobée dont on m'avait confié la clef. Je traversai furtivement, comme un criminel, les galeries vides et sonores, me guidant de mon mieux dans les ténèbres; j'arrivai enfin dans le salon où je l'avais vue pour la première fois. Elle et sa mère l'avaient quitté depuis une heure à peine; leur présence récente s'y trahissait encore par un parfum doux et tiède dont je fus subitement enivré. Je cherchai, je touchai la corbeille où sa main avait replacé, peu d'instants auparavant, sa broderie commencée… Hélas! mon pauvre coeur!
Je tombai à genoux devant la place qu'elle occupe, et là, le front battant contre le marbre, je pleurai, je sanglotai comme un enfant… Dieu! que je l'aimais!
Je profitai des dernières heures de la nuit pour me faire conduire secrètement dans la petite ville voisine, — où j'ai pris ce matin la voiture de Rennes.
Demain soir, je serai à Paris. Pauvreté, solitude, désespoir, — que j'y avais laissés, je vais vous retrouver! — Dernier rêve de jeunesse, — rêve du ciel, adieu!
Paris.
Le lendemain, dans la matinée, comme j'allais me rendre au chemin de fer, une voiture de poste était dans la cour de l'hôtel, et j'en vis descendre le vieil Alain. Son visage s'éclaira quand il m'aperçut.
— Ah! monsieur, quel bonheur! vous n'êtes point parti! voici une lettre pour vous.
Je reconnus l'écriture de Laubépin. Il me disait en deux lignes que mademoiselle de Porhoët était gravement malade, et qu'elle me demandait. Je ne pris que le temps de faire changer les chevaux, et je me jetai dans la chaise, après avoir décidé Alain, non sans peine, à y prendre place en face de moi. Je le pressai alors de questions. Je lui fis répéter la nouvelle qu'il m'apprit, et qui me semblait inconcevable.
Mademoiselle de Porhoët avait reçu la veille, des mains de Laubépin, un pli ministériel qui lui annonçait qu'elle était mise en pleine et entière possession de l'héritage de ses parents d'Espagne.
— Et il paraît, ajoutai Alain, qu'elle le doit à monsieur, qui a découvert dans le colombier de vieux papiers auxquels personne ne songeait, et qui ont prouvé le bon droit de la vieille demoiselle. Je ne sais pas ce qu'il y a de vrai là-dedans; mais, si ça est, dommage, me suis-je dit, que cette respectable personne se soit mis tête ses idées de cathédrale, et qu'elle n'en veuille pas démordre… Car, notez qu'elle y tient plus que jamais, monsieur… D'abord, au reçu de la nouvelle, elle est tombée raide sur le parquet, et on l'a crue morte; mais, une heure après, elle s'est mise à parler sans fin ni trêve de sa cathédrale, du choeur et de la nef, du chapitre et des chanoines, de l'aile nord et l'aile sud, si bien que, pour la calmer, il a fallu lui amener un architecte et des maçons, et mettre sur son lit tous les plans de son maudit édifice. Enfin, après trois heures de conversation là-dessus, elle s'est un peu assoupie; puis, en se réveillant, elle a demandé à voir monsieur… monsieur le marquis (Alain s'inclina en fermant les yeux), et on m'a fait courir après lui. Il paraît qu'elle veut consulter monsieur sur le jubé.
Cet étrange événement me jeta dans une profonde surprise. Cependant, à l'aide de mes souvenirs et des détails confus qui m'étaient donnés par Alain, je parvins à en trouver une explication que des renseignements plus positifs devaient bientôt me confirmer. Comme je l'ai dit, l'affaire de la succession de la branche espagnole des Porhoët avait traversé deux phases. Il y avait eu d'abord entre mademoiselle de Porhoët et une grande maison de Castille un long procès que ma vieille amie avait fini par perdre en dernier ressort; puis un nouveau procès, dans lequel mademoiselle de Porhoët n'était pas même en cause, s'était élevé, au sujet de la même succession, entre les héritiers espagnols et la couronne, qui prétendait que les biens lui étaient dévolus par droit d'aubaine.
Sur ces entrefaites, — tout en poursuivant mes recherches dans les archives des Porhoët, — j'avais mis la main, deux mois environ avant mon départ du château, sur une pièce singulière dont je reproduis ici le texte littéral:
"Don Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de Léon, d'Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Maïorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Cadix, de Murcie, de Jaën, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, îles et terres fermes de l'Océan, archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant et de Milan, comte d'Habsbourg, de Flandre, du Tyrol et de Barcelone, seigneur de la Biscaye et de Molina, etc.
"A toi, Hervé-Jean Jocelyn, sieur de Porhoët-Gaël, comte de Torre Nuevas, etc., qui m'as suivi dans mes royaumes et servi avec une fidélité exemplaire, je promets par faveur spéciale qu'en cas d'extinction de ta descendance directe et légitime, les biens de ta maison retourneront, même au détriment des droits de ma couronne, aux descendants directs et légitimes de la branche française des Porhoët-Gaël, tant qu'il en existera.
"Et je prends cet engagement pour moi et mes successeurs sur ma foi et parole de roi.
"Donné à l'Escurial, le 10 avril 1716.