MARGUERITE.
Interdits, sans doute! Mon Dieu, Monsieur, il est fort ridicule peut-être de nous plaindre d'une destinée que tant de gens nous envient, mais enfin, par un travers d'esprit que je tiens apparemment de ma pauvre mère, et qui a du moins l'excuse de la bonne foi, je sens que, si j'étais moins riche, je serais plus heureuse. Vous m'avez reproché ma défiance éternelle. Mais à quoi donc pourrai-je me fier, dites? moi qui, depuis que je me connais, ne suis entourée… est-ce que je ne le vois pas?… que de faux amis, de parents avides, de prétendants suspects…? Eh! grand Dieu! pensez-vous que je prenne pour moi les soins, les tendresses dont tous ces parasites nous fatiguent? les hommages dont tant de… lâches m'importunent?… Et si jamais, enfin, quelque âme grande et généreuse… s'il y en a!… était capable de me rechercher, de m'aimer pour ce que je suis… non pour ce que je vaux… je ne le saurais pas… (Avec intention.) Je ne le croirais pas! jamais! non! jamais je ne risquerai de donner à un coeur vil, indigne, vénal… un coeur tel que le mien!… Et voilà pourquoi j'éloigne… je repousse… je veux haïr tout ce qui est beau… tout ce qui fait penser… tout ce qui me parle d'un ciel… défendu! (Le choeur des moissonneurs a repris sur les dernières paroles de Marguerite. Elle dit à demi-voix:) Qu'est-ce là! (Puis elle se rapproche du fond, écoute, penche la tête et pleure.)