MAXIME.

J'arrivai le soir: il y avait une légère couche de neige sur le sol, et en traversant l'avenue j'entendais les flocons de givre se détacher des arbres, et tomber autour de moi comme des larmes… Comme j'approchais du château, je vis derrière les fenêtres à demi éclairées du grand salon une ombre qui me parut être celle de mon père. A peine j'eus franchi le seuil, il accourut, il me saisit dans ses bras avec une effusion de sensibilité à laquelle il ne m'avait pas habitué, et je sentis son coeur battre contre le mien avec une violence effrayante; il me montra un siège et s'assit brusquement en face de moi. (Maxime s'asseoit.) Alors comme s'il eût désiré de parler sans en trouver le courage, ses yeux s'arrêtèrent sur les miens avec une expression d'angoisse, d'humilité et de prière, qui de la part d'un homme aussi fier que l'était mon père, me toucha, me navra profondément! Ah! ce tort qu'il avait tant de peine à confesser, je l'avais compris déjà, et Dieu sait que du fond de l'âme j'étais prêt à lui crier: Je vous pardonne! je vous pardonne! quand soudain ce regard qui ne me quittait pas prit une fixité grave, étonnée et terrible; la main se mon père se crispa sur mon bras, il se souleva sur son fauteuil et retomba lourdement sur le parquet, il n'était plus!

GASTON, se levant.

Pauvre ami… mais quoi?… qu'y a-t-il encore?… parle… est-ce la ruine?