SCENE X.
MAXIME, seul.
Je n'ai pas osé… je n'ai pas osé lui demander l'aumône… et pourtant ce n'eût pas été une aumône, puisqu'il a de l'argent à moi… mais je n'ai pas osé… Je le verrai demain matin, et j'espère qu'il m'offrira de lui-même… on ne meurt pas pour un jour de jeûne… Ah! si je pèche par orgueil, je suis puni… car réellement je souffre… Si j'allais dîner tout bonnement n'importe où… on me connaît… je pourrais dire que j'ai oublié ma bourse… j'ai fait cela cent fois, sans scrupule, dans d'autres temps… Non! tous ces expédients, qui sentent la misère et la tricherie, me répugnent trop… Pour les pauvres, cette pente est glissante; je n'y mettrai pas le pied! Si je pouvais dormir. (Il s'asseoit dans le fauteuil.) La faim! ce n'est donc pas un vain mot… la faim! Il y a donc vraiment une maladie de ce nom-là… il y a vraiment des créatures humaines qui souffrent presque chaque jour ce que je souffre en ce moment?… et encore, moi, je souffre seul; le seul être qui m'intéresse au monde, ma soeur, je vois son cher visage, heureux, souriant… Mais ceux qui entendent le cri déchirant de leurs entrailles répété par des voix aimées, suppliantes… ceux qu'attendent dans leur froid logis des femmes aux joues pâles et des petits enfants sans sourire… pauvres gens… O sainte charité! (Il sommeille. — Musique jusqu'au réveil de Maxime.)