En colonne.
A la halte du soir, les Sénégalais ont fini de préparer le pacage des bêtes. Ils ont porté le bois et l’eau. Silencieusement gais, ils regardent leurs femmes autour des feux. On leur a donné, selon la coutume, des femmes malgaches. Entre eux ils ne se comprennent pas ; de langue et de gestes différents. Mais ils sont aux petits soins pour elles, des choses de bonté et de tendresse s’agitent dans leurs cerveaux. Ils savent apporter le fruit, même la fleur qui fait plaisir. Ils admirent leurs compagnes de la saison dans leur attitude de repos et d’occupations ménagères, et leur bouche distendue bée devant l’intimité permise, tandis que leurs yeux cherchent par instants les yeux des camarades voisins heureux de la même joie. Elles, Sakalaves, ou Betsimisarakas, se composent une dignité et, loin des servitudes dans leur race, elles comprennent ce très vague respect des mâles, en sentant naître des caprices. Seulement la nuit, sous le rut trop rapide des soldats, elles regretteront l’étreinte continue des Anjouanais.