La baie des Vierges (Iles Marquises).
Des îles au doux nom du passé, les Marquises. Mais ce sont des profils dressés en un temps de cataclysme ; et des châteaux-forts de rocs, quand on attendait des grâces de femmes. C’est ici la véritable patrie des vahinés, c’est ici que paraissent les visages adorables d’Espagnoles sur des corps bruns et graciles de Malaises. Pour les « goélettes », pour les officiers, hors de Tahiti, Taï-o-ha, c’est la passade, loin de la solide tendresse qui attend à Papeete. Et souvent le lieutenant de vaisseau ou l’enseigne accordent passage aux errants qui abandonnent leur paradis pour les délices imaginés de Papeete trop sûrs d’ailleurs que, n’était cette indulgence, ils trouveraient aussitôt au large, des femmes cachées dans tous les coins du yacht militaire.
Mais, hélas ! sur cette terre d’amour, autour de Taï-o-Ha, pullulent les lépreux. Cid Campéador arracha son gant pour serrer la main d’un effroyable malade. Ici, lorsqu’un homme se marie, après la cérémonie religieuse, il s’asseoit sur la place du village ; et, les mains aux hanches de l’épousée, il la tourne vers le désir de tout venant. Le village entier défile, et, s’il plaît à chacun, use de la vierge : or, après le roi, les lépreux ont droit de contenter aussitôt leur envie.
Un nom domine des noms, dans ces îles, royaume de l’Aphrodite, celui de la baie des Vierges, c’est là que vraiment les civilisés rebâtissent l’Eden. Mais :
Les vierges qu’on rêvait, ce sont des vierges folles,
Faunesses que l’on chasse et qu’on viole au hasard,
Crissent leurs Iongs cheveux parmi des plaintes molles,
Vestales du grand Spasme, en tout le bois épars.
FANTAISIE SUR L’AVENTURE