Swa-Youv.
De cette souplesse, sur laquelle nous avons insisté, qui précise les geishas et explique les livres de volupté, la Japonaise qui désormais symbolise sa race aux yeux de la France ne saurait nous illustrer l’exemple. A considérer, au contraire, Sada-Yacco dans son jeu scénique, on ne retient qu’une grâce tâtonnante, des pas incertains, un inachevé de mouvements, lesquels, s’ils préparent ensuite par leur soudaineté et leur déséquilibre même, l’émotion dramatique, ne commandent pas à l’harmonie d’une continuité tragique. Mais, en vérité, la contradiction n’existe pas : et la manière de l’actrice souligne au contraire, par sa contre-partie, la sérénité pliante et souriante de sa race.
Car la conception dramatique des protagonistes japonais n’adopte aucunement la transposition sur les planches, pour sa représentation, de la vie ordinaire avec ses accidents. Ce que nous appellerions réalisme, en dépit de toute opinion préconçue, ne se retrouve pas, et la tranche de vie n’est jamais servie au public. On conçoit donc le parallélisme irréductible de deux sortes d’attitudes : Sada-Yacco, au Japon s’entend, est d’autant plus grande artiste que ses expressions et leur substratum sont « différents de la vie japonaise. » Hors cette brève analyse du reste, qu’on veuille seulement s’imaginer quelle conception réalise la tragédienne expositionnelle. L’Empire du Soleil Levant ne connaît pas les artistes femmes : leurs personnages, là-bas, sont toujours tenus par des mâles costumés.