De la modestie dans la conversation au dedans du Monastére.

Chapitre XI.

Nulle Religieuse ne prendra la hardiesse d'entrer dans la cellule d'une autre, sans permission expresse de la Mere Prieure, & celle qui fera le contraire sera griévement punie.

Quand elle entrera avec permission, elle n'ouvrira point la porte que premierement elle n'ait heurté, & que celle qui est dedans lui ait répondu. Entrez, ce qu'étant fait, la porte sera toujours ouverte tout le tems qu'elles y demeureront, excepté aux chambres des infirmes, pour le regard des infirmieres.

On ne visitera point les Sœurs infirmes qui gardent le lit, si ce n'est aux heures commodes, quand la Prieure l'ordonnera.

Les Novices pourront entrer dans la cellule de leur Maîtresse, & elle dans les leurs, pour voir comment elles se comportent, & empêcher qu'elles ne perdent le tems.

Afin que la charité sincére & commune soit mieux conservée entre les Sœurs, suivant le précepte de Notre-Seigneur qui a dit, c'est ici mon commandement que vous vous aimiez les uns les autres, ainsi que je vous ai aimés, pour cet effet les Sœurs s'étudieront avec un grand soin & une grande vigilance, d'avoir un même cœur, un même esprit, une même & commune volonté avec toutes, ne permettant en aucune façon que leur volonté, & amitié panchent plus envers l'une qu'envers l'autre; & quoi que quelquefois elles puissent se sentir portées à en aimer une plus que l'autre, elles feront effort sur elles-mêmes pour s'en dégager, parce qu'autrement elles viendroient à perdre la charité, & à introduire au Monastere des partialités & des désordres très-grands, à cette occasion toutes les Sœurs se souviendront des paroles que Saint Basile adresse à ces Religieux, que par le moyen de ces affections particulieres, le démon en a fait précipiter plusieurs dans les flammes éternelles, & par conséquent, que chacune se fasse l'aplication de ces paroles, que ce grand Saint pour telle occasion a dit à ses inférieurs; sçavoir, qu'en leur conversation l'on ne permette aucunes privautés & compagnies particulieres, ni amitiés singulieres, afin que pareil désordre n'arrive; mais que la pureté de la charité commune y soit conservée, laquelle les fera mener une vie semblable à celle du Paradis, la Mere Prieure est chargée d'y prendre garde fort exactement, afin de ne point laisser enraciner ce mal caché, & qu'aussi-tôt qu'elle s'apercevra qu'entre quelqu'unes des Sœurs il commence à y naître, ou que déja il y a quelque familiarité, ou amitié particuliere, ou quelque privauté superfluë, ou affectation d'être plus avec l'une qu'avec l'autre, qu'elle travaille à déraciner cette semence, ordonnant que celles-là ne conversent & parlent ensemble, mais qu'elles soient séparées l'une de l'autre, tant à la table & en travaillant, qu'en tout autre lieu de la maison; quand tout ceci ne suffira pas, qu'elle y procéde avec griéves pénitences, & autres remedes, comme à une chose de très-grande importance, faisant ensorte lorsqu'il sera nécessaire, de passer de la punition secrette à la publique, de la douceur à l'amertume, selon qu'elle jugera que la charité le demande, que si quelque Supérieure (ce que Dieu ne permette) laissoit croître telle peste dans le Monastere, qu'elle soit déposée de son office, comme celle qui montre peu de zéle pour l'honneur de Dieu, & qui manque de prudence dans son gouvernement.

Des jeûnes & des mortifications ordinaires.

Chapitre XII.

Puisque la maceration de la chair aide beaucoup à la mortification intérieure & extérieure, outre les jeûnes commandés par l'Eglise, nous jeûnerons aussi l'Avent de Notre-Seigneur, & tous les Vendredis de l'année, excepté ceux ausquels se rencontrera quelque Fête solemnelle, dont on aura jeûné la veille par commandement, ou par notre dévotion, de même quand les Fêtes de St Etienne, de St Jean L'Evangeliste, & de la Circoncision de Notre-Seigneur, tomberont le Vendredy, nous ne jeûnerons pas, quand même nous n'aurions pas jeûné les veilles. De plus nous jeûnerons la veille des Roys, la veille de l'Ascension de Notre-Seigneur, la veille du très-St Sacrement, & aussi les veilles de la Conception, Nativité, & Purification de Notre-Dame, & de toutes ses autres solemnités.

Outre cela, les Lundis, Mercredis & Samedis, nous ferons un peu d'abstinence, avec la liberté cependant d'user de laitages, & le reste de la semaine nous pourrons manger de la viande.

Et pour mériter davantage, nous offrirons le jeûne, ou l'abstinence du Lundy, à la très-Ste Trinité, en action de grace du signalé bienfait qu'elle a accordé à la bienheureuse Vierge, la choisissant pour Mere de Dieu.

Celui du Mercredy, pour la remercier du privilége qu'elle accorda à l'humanité de Notre-Seigneur, d'être unie à la personne du Verbe Eternel.

Celui du Vendredy, en action de grace de la Passion de Notre-Seigneur. Et l'abstinence du Samedy, à l'honneur de Notre-Dame, pour avoir été Vierge avant son enfantement, en son enfantement, & après son enfantement.

Et comme plus on renouvelle les bonnes intentions, plus on fait de progrès, & avec plus grande ferveur, tous les matins des jours d'abstinence ou de jeûne au Chœur après Matines, la Mere avertira, ou fera avertir les Religieuses qu'elles jeûnent à telle intention.

Nous ferons encore la discipline deux fois la semaine, une fois le Jeudy à l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, & de l'institution du très-Saint Sacrement, laquelle durera un Miserere, avec l'Oraison, Domine Jesu Christe Fili Dei vivi pone, &c. Et celle du très-saint Sacrement. Deus qui nobis sub Sacramento mirabili, &c. L'autre le Samedy durant l'espace d'un Magnificat, Ave maris stella, & Salve Regina, à l'honneur de la bien-heureuse Vierge, en mémoire des douleurs qu'elle souffrit à la mort de son très-cher Fils.

Le Mardi que l'on ne jeûne pas, nous porterons une ceinture de cilice, l'espace de quelques heures à l'honneur de la plenitude de gloire dont la Reine du Ciel est revêtuë.

Celles qui pour cause légitime ne pourront pas faire quelqu'une de ces pénitences, de jeûnes, de disciplines & de cilices, en demanderont à la Prieure quelque autre qu'elles feront aux mêmes intentions. Et la Prieure les leur changera en quelques Oraisons, ou choses semblables.

La Prieure doit avoir grand soin de conserver la santé des Sœurs, c'est pourquoi elle prendra garde soigneusement, de ne donner facilement permission aux Religieuses de faire des pénitences austéres, comme de jeûner au pain & à l'eau, ou choses semblables.

Elle ne laissera pas introduire des chaînes de fer, ou semblables disciplines, excepté quand le Confesseur l'aura ainsi ordonné, lequel soit l'ordinaire ou l'extraordinaire, prendra bien garde à donner telle permission, s'informant auparavant de la Supérieure, si la complexion & santé de celle qui désire telles pénitences, est capable de les suporter, & s'il trouve que non, il ne les lui ordonnera, ni ne permettra nullement.

En échange de ces pénitences austéres, la Prieure leur pourra faire dire leurs défauts en public, pourvû qu'ils ne soient scandaleux, ou des pechés secrets. Et celle qui sera reprise écoûtera le tout avec grande humilité, & en silence, baissant la tête, quand même on lui diroit des choses qui ne lui sembleroient pas véritables, demandant pardon aux Sœurs de tant de défauts qui sont en elle, sans jamais se plaindre de ce qui lui aura été dit.