De l'entrée des Novices dans notre Monastére.
Chapitre XVII.
Il apartient à toutes les Religieuses qui ont voix au Chapitre y étant assemblées capitulairement, de recevoir les filles qui se feront Religieuses avec nous, de leur donner l'habit, de les renvoyer chez elle, ou de les admettre à la profession; de sorte qu'une fille sera tenuë pour admise à la Religion, quand elle aura les deux tiers des voix favorables pour être reçûë, & pour avoir l'habit; de même elle sera tenuë admise à la profession, quand elle aura la plus grande partie des voix, comme pour être renvoyée, elle en doit avoir plus de la moitié contraire.
Auquel Chapitre ne pourront assister les Religieuses qui seront parentes de la Novice au premier ou au second degré.
Lorsqu'il sera question de recevoir quelque fille, les Religieuses prendront bien garde de ne se laisser aveugler par l'interêt, de l'argent, des parens, de la Noblesse, ni d'aucune autre consideration humaine, mais envisageront purement la gloire de Dieu, & le bien du Monastére.
Il sera nécessaire que les filles qui seront reçuës pour le Chœur, entr'autres choses sçachent bien lire, & qu'elles soient bien saines, afin de pouvoir porter le fardeau de la Religion, qu'elles soient âgées de quinze ans accomplis pour le moins, qu'elles se soient exercées quelque tems dans la vie spirituelle, & à la fréquentation des Sacremens tout au moins un an. Qu'elles soient paisibles, dociles, & courageuses pour suporter tout ce qui leur conviendra souffrir à l'honneur de Dieu, & pour l'obéissance dûë aux Supérieurs; & enfin, il faut qu'elles comprennent l'importance de l'entreprise qu'elles se proposent d'embrasser.
Celles que l'on recevra pour être Converses, outre qu'elles doivent être douces, paisibles, amoureuses de la vertu & de la perfection Religieuse, seront encore saines & fortes de corps, afin de pouvoir porter le fardeau de la Religion, se contentant de servir Notre-Seigneur aux offices bas & pénibles du Monastére, regardant comme une grande grace de se faire les esclaves de la Majesté de Dieu, & de sa très-heureuse Mere.
Se resolvant (quoiqu'elles sçachent bien lire) de ne jamais chanter, ni psalmodier au Chœur, avec les autres Religieuses Choristes.
Au contraire on ne recevra en aucune façon, celles qui par quelque signe, se montreroient devoir être inutile au Monastére.
Ni même celles qui auront été Religieuses en quelques autres Monastéres, excepté si c'étoit quelque Maison où l'observance ne fût pas bien gardée, & que par un désir de plus grande perfection, & de plus parfaite observance elles voulussent venir avec nous.
Encore moins celles qui par leur faute auroient une fois été congédiées de chez nous.
Ni celles qui plus par nécessité, que par le désir de servir Dieu, se presenteront pour être Religieuse.
Encore moins les défectueuses en jugement. Ni aucunes personnes illégitimement nées, excepté si elles s'étoient beaucoup signalées dans la vertu, & qu'elles eussent au moins employé cinq années à la fréquentation des Sacremens, avec fruit & édification.
Ni enfin des personnes inquiétes, inconstantes, ou qui sont arrêtées à leur propre jugement, lesquelles ont coûtume de donner beaucoup de peine à tout un Monastére: semblables personnes donc ne seront jamais reçuës, & si quelqu'une après sa réception au Monastére, se découvroit être de ce naturel, on la renvoyera chez elle, lorsqu'après l'avoir bien & suffisamment éprouvée, on ne trouvera point de reméde à ses imperfections.
Que si telle personne ne se découvroit qu'après sa profession, elle demeurera incapable des principaux offices.
Il est entierement défendu de prendre des filles en pension pour les élever, quand même il y auroit esperance, qu'à l'avenir elles pourroient se rendre Religieuses.
L'on prendra garde aussi à ne point recevoir des personnes qui soient extraordinairement mélancoliques ou scrupuleuses, & encore moins trois filles qui soient sœurs.