De l'Office de la Prieure.

Chapitre I.

Il est certain que le premier Office, & le plus important qui soit conferé dans le Monastére, est celui de la Mere Prieure; c'est pourquoi il est nécessaire que nous traitions des qualités qu'elle doit avoir, plus amplement que de toute autre Officiere.

La Prieure donc est obligée de considerer premierement, qu'elle a été faite, la Mere, la Guide, & la Gardienne de toutes les Religieuses; qu'en cette qualité de Gardienne, il lui convient de veiller diligemment sur une charge si importante, ayant à rendre à Dieu un compte très-étroit de toutes les ames de chacune, comme de la sienne propre: & de plus de toutes les inobservances que les Religieuses commettront contre la Régle, les Constitutions, & les Ordonnances des Supérieurs.

Comme Mere de toutes, elle doit être douce, & charitable envers chacune, patiente à suporter leurs imperfections, prudente à sçavoir mêler la sévérité avec la douceur, en les corrigeant; égales envers toutes, non partiale avec aucune, & liberale à dépenser volontiers pour les nécessités des Sœurs, quand ce ne seroit que pour la moindre des Converses.

Comme Guide des autres, sa vie doit être exemplaire; c'est pourquoi elle se doit trouver la premiere au Chœur, au Réfectoire, à l'Oraison, & aux fatigues communes du Monastére, pourvûë qu'elle n'en soit empêchée par quelque cause légitime & évidente.

Elle doit être humble, n'avoir rien à elle, se mépriser soi-même, vigilante au gouvernement, zélée pour la gloire, & pour l'honneur de Dieu, & singulierement pour celui de sa très-Ste Mere, & enfin dans l'observance de notre Institut, & des Régles communes.

Il lui est encore décernée d'avoir la sur-intendance de toutes les autres Officieres du Monastére, & elle procurera que toutes accomplissent parfaitement leurs Offices, conformément aux Régles qui en sont données à chacune, & que toutes les Religieuses soient dévotes, humbles, pauvres, & en general dans l'exacte observance de nos Régles & Constitutions.

Si la Prieure manquoit en quelque chose, de sorte qu'elle eût besoin de correction, comme seroit, si elle étoit trop austére, ou trop indulgente dans son gouvernement, ou envers sa personne, en ce cas qui la reconnoîtra telle, la pourra avertir avec amour, & respectueusement.

Que si pour quelque égard, elle n'avoit pas l'assurance de le faire, elle pourra alors en avertir le Confesseur, afin qu'il fasse cet office; que si cela ne suffisoit encore, elle pourra prendre occasion d'en avertir Monseigneur l'Archevêque, ou son Vicaire, afin qu'il y remédiât. Et si la faute dans laquelle la Mere seroit lors tombée étoit forte importante, qu'il y eût besoin d'un prompt reméde, & que personne dans la maison n'eût la hardiesse de la reprendre, on pourra alors écrire le plus secretement qu'il sera possible au Supérieur, sans permission de lad. Mere, & à l'insçu d'aucune autre. Ce que chacune des Religieuses pourra toûjours faire, lorsqu'elle aura besoin d'avertir le Supérieur de ses nécessités particulieres: cependant, on n'en usera que rarement, & non dans d'autre cas, que pour quelque personnelle, importante, & pressante nécessité.

Quand il surviendra à la Prieure quelque chose digne de consideration, elle en consultera avec la Soûprieure, & les Discrettes, & accomplira ce que la pluralité des voix aura arrêté.

Quant aux choses d'importance (comme d'entreprendre quelque bâtiment de grand prix, d'emprunter une somme considerable, introduire quelque nouvelle coûtume dans le Monastére, & autres choses semblables) la Supérieure ne le pourra faire avec le seul conseil des Discrettes, mais outre la pluralité des voix du Chapitre, il lui est nécessaire d'avoir le consentement de Monseigneur l'Archevêque, ou de son Vicaire, & que la Supérieure sçache que plus souvent elle consultera, plus elle assurera sa conscience, & gouvernera la maison avec beaucoup plus de bienséance & de gravité; pour cet effet, elle ne laissera jamais passer une semaine ou 15. jours au plus, qu'elle n'assemble les Discrettes, pour voir avec elles s'il se presente quelque affaire où elle ait besoin de leur conseil, pour y mettre ordre.