De l'Office de l'Infirmiere.
Chapitre VII.
Cet Office devroit être celui de la Mere Prieure, puisque par les paroles & par les actions, il fut si fort recommandé par Notre-Seigneur Jesus-Christ, mais parce qu'étant d'ailleurs beaucoup occupée, elle auroit bien de la peine à y vâquer, elle destinera une Infirmiere à sa place, ou plusieurs, selon la nécessité, laquelle aura un soin extraordinaire des infirmes, des foibles, de celles qui sont de petite complexion, & des vieilles.
La Prieure pourtant une fois le jour au moins, visitera personnellement les malades qui seront alitées, & étant malade elle-même, ou légitimement occupée, elle les fera visiter par la Sous-Prieure, afin de voir comment elles sont servies, & afin de leur dire quelques paroles édifiantes & de consolation, les exhortant à la patience, à l'amour de Dieu, & autres choses semblables, faisant ensorte que toutes celles qui visiteront les infirmes fassent de même.
Que si la raison & la charité veulent que l'on ait un grand soin du soulagement des malades, la même raison & la même charité demandent encore que les infirmes soient patientes, & qu'elles compâtissent aux personnes qui les servent; que si elles n'ont pas les choses dans le tems, & comment, ni si bien assaisonnées qu'elles le désireroient, qu'elles se souviennent qu'elles sont Religieuses, & qu'elles sont entrées au Monastére pour imiter Jesus-Christ, qui dans les douleurs de sa mort, non-seulement; n'eut pas un lit pour s'y reposer; mais encore étant à l'agonie, n'eut personne qui lui arrosa les lêvres d'un peu de vin; au contraire étant alteré d'une soif mortelle, causée par la perte de son sang précieux, il fut abbrevé de fiel & de vinaigre.