Du Silence.
Chapitre XV.
Le silence est une chose de très-grande importance dans les maisons Religieuses, c'est pourquoi il sera communément observé par toutes les Sœurs. Depuis le Samedy de l'Octave de Pâques, jusques à la Ste Croix en Septembre, nous aurons une demie heure de récréation après la seconde table, laquelle étant finie, on sonnera une cloche pour signal du silence, & alors les Sœurs iront se reposer environ une heure, cependant s'il y en a quelqu'unes qui n'en aye pas envie, elles demeureront retirées, & ne feront aucun bruit ni ne tiendront aucun discours par la maison.
Elles observeront le même silence dans le Monastére depuis que l'examen du soir sera sonné jusqu'à la fin de l'Oraison mentale du matin suivant, même jusques à l'issuë de Prime (quand Prime se dira immédiatement après la méditation) l'on gardera de même le silence dans le Chœur, dans le Chapitre, dans le Réfectoire, & aux lieux nécessaires. Que si le besoin contraignoit à dire quelque chose dans ces lieux, & durant le tems du silence, on la dira tout bas & fort briévement.
On évitera toujours en tous lieux & en tous tems les paroles inutiles, séculieres, de flatterie, & beaucoup plus les mauvaises, de médisance, de même que les choquantes, & de disputes. Dans nos discours chacune proposera ses raisons avec charité & modestie, non pas pour vaincre sa compagne, mais pour donner jour à la vérité afin qu'elle soit connuë.
Si par hazard il arrive quelque diversité d'avis entre nous, que chacune estime comme un grand avantage de céder à l'autre. Enfin nous nous efforcerons toujours, & en tous lieux, de parler d'une voix basse, afin de ne point incommoder les autres par nos paroles.