PREFACE.

Comme l'Etat Religieux est un des plus grands biens que l'homme puisse recevoir de Dieu en ce monde, soit que l'on le considere en soi, ou que l'on le compare aux autres, il faut avoüer que c'est le chemin le plus court & le plus sûr pour parvenir au Ciel; & que tout autre état séculier est miserable & périlleux, comme étant en pleine mer, continuellement exposé à un soudain naufrage, au lieu que celui de la Religion est éloigné des dangers, & près du salut éternel, qui est le but de la navigation des mortels. Cette vérité ayant été connuë des hommes contemplatifs, amoureux d'un si grand bien, ne pouvans à ce qui leur sembloit montrer l'excellence & la sureté de cet état par des paroles, ils l'ont comparé à plusieurs choses, qui peuvent en quelque façon en exprimer sa grandeur. Les uns ont dit qu'il étoit semblable à une tour élevée qui découvre de loin les ennemis pour en éviter l'effort: les autres à un miroir dans lequel on se connoit soi même, & où l'on contemple Dieu; quelques-uns à une piscine admirable qui guerit toutes sortes d'infirmités & de maladies, d'autres à une échelle, qui de degré en degré conduit au Ciel; les uns à une vive source, d'où les graces découlent; les autres à une école de perfection, où l'on aprend la vraye science qui est d'aimer & servir Dieu; quelques-uns l'ont comparé à une maison bien réglée, dans laquelle tout ce qui s'acquiert est commun à tous; à une compagnie de Marchands associés qui tous participent au gain commun: (& pour le regard des Particuliers) à une pièce de monnoye usée & legere, laquelle étant seule est refusée de tous; mais si on la mêle parmi d'autres, elle passe aisément pour bonne. Il ne faut donc pas s'étonner si des filles bien nées, riches, & en la plus belle fleur de leur âge, se retirant du monde entrent dans la Religion, pour passer toute leur vie renfermée dans des Cloîtres; si elles sortent des bras de leurs peres, du sein de leurs meres, du milieu de leurs commodités, & si elles se privent des honnêtes libertés de la vie, afin de se renfermer dans une étroite cellule, là se réduire à la conversation d'un petit nombre de Vierges, & se lier de l'indissoluble nœu des vœux, y vivre pauvres, sujettes & mortifiées: puisque nous pouvons oposer à tout cela, & dire que par un heureux échange elles se viennent rendre entre les bras de Jesus Christ, dans le sein de la Vierge sacrée, parmi les consolations Religieuses, joüissant de la vûë du Ciel, de la liberté de l'ame, de la beauté de la vertu, de la contemplation des choses divines, & de l'abondance des douceurs spirituelles. Courage donc, très-heureuses filles, qui pour joüir d'un état si tranquille & si doux, comme des simples colombes, qui ne trouvant en ce monde rempli de corps morts (nourriture des Corbeaux) aucune chose digne de votre amour, portées d'une sainte résolution, comme vous êtes sortie de l'arche de cette divine Idée par la création, retournez vers elle en vous jettant dans la Religion, jusqu'à ce que les eaux des miséres de ce monde soient cessées, & que vous puissiez aporter le rameau d'Olivier, en signe de la paix éternelle qui vous attend dans le Ciel.

CONSTITUTIONS
des Religieuses de la très-Sainte Annonciade, sous la Régle de Saint Augustin.