IV
Comme ce palais est solitaire! Comme ces murs sont gris! Nul ménestrel n'éveille désormais l'écho dans ces salles. La chaîne brisée, rongée de rouille, pend à la porte, et les mauvaises herbes ont fendu le pavé de marbre. Par ici se cache le serpent, et par là les lézards courent près des lions de pierre qui clignotent au soleil. C'est là que Byron logea, qu'il abrita son amour et ses plaisirs pendant deux longues années, comme un autre Antoine, pour qui l'univers fut un autre Actium. Pourtant il ne laissa point se faner son âme royale, ni se briser sa lyre, ni s'émousser la pointe de sa lance, grâce aux arts perfides d'une reine d'Egypte. Car de l'Orient se fit entendre un grand cri. La Grèce se dressa prête à combattre pour la liberté, et elle le fit venir de Ravenne. Jamais chevalier ne partit plus généreusement pour les mêlées des batailles, nul ne tomba plus bravement sur le sol ensanglanté, d'où on le rapporta sur son bouclier comme on eût fait d'un Spartiate. O Hellade, Hellade! En ton heure de fierté, en ton jour de puissance, rappelle-toi celui qui mourut pour arracher de tes membres les chaînes de la servitude. O Salamine, ô plaines solitaires de Platée, ô vagues furieuses de la mer Eubéenne pleine de tempêtes, ô cimes des Thermopyles désertes que balaient les vents, il vous aima bien, et non point en paroles seulement, celui qui te donna si libéralement sa lyre et son épée, comme fit Eschyle dans la bataille acharnée de Marathon.
Et l'Angleterre, elle aussi, se réjouira de son fils, de son guerrier poète, le premier à chanter et à combattre. La calomnie, à la rage empoisonnée, n'osera plus ramper comme un serpent sur son nom accompli et défigurer l'écusson seigneurial de sa renommée.
Car, ainsi que la couronne d'olivier, récompense de la course, illumine de joie la figure animée de tous les coureurs, comme la croix rouge qui sauve les hommes pendant la guerre, comme le phare empanaché de flamme qu'aperçoivent de loin les marins sur une mer que soulève l'orage, tel était son amour pour la Grèce et la Liberté.
Byron, tes couronnes sont éternellement fraîches et vertes. Les pétales rouges des roses de la Sapphique Mitylène ceindront ton front. Pour toi fleurit le myrte, dans des clairières mystérieuses, près de la solitaire Castalie. Les lauriers attendent ta venue, et ils sont tous à toi, et leur entrelacement formera autour de ta tête une couronne parfaite.