III
Je fus réveillé par un cri d'appel auquel répondit une exclamation angoissée de Mérédith qui s'élança vers l'escalier. Sitôt que je fus en état de me présenter décemment, je le suivis.
—Qu'y a-t-il? demandai-je à une servante que je rencontrai sur le palier du premier étage.
—Lord Babington, me dit-elle, est mort ou mourant.
Je pâlis atrocement. Je pensai soudain au couteau posé sur l'assiette sous les deux losanges de peau d'orange.
La voix de Mérédith, une voix blanche, m'appelait de la chambre entr'ouverte.
J'entrai.
Madame Marcelle, pâle et défaite, pleurait au pied du lit.
Mérédith, du geste, me désigna le cadavre.
Je m'approchai.
Comme me l'avait révélé le premier coup d'oeil, lord William avait cessé de vivre. Dans un examen rapide, je voulus rechercher les causes du décès.
Quelque souci, quelque préoccupation que j'eusse des événements de la nuit, rien de significatif ne permettait de douter que la mort ne fût naturelle: c'était une rupture d'anévrisme en apparence indiscutable. La course disproportionnée aux forces du malade, ses abus habituels des boissons alcooliques, ses excès de la veille pouvaient expliquer l'accident.
J'avais tremblé. Mérédith était si bon comédien et si savant chimiste.
Je sentis un poids de moins sur mon coeur. Après tout, le médecin légiste se débrouillerait comme il l'entendrait. Ce que je savais,—au fond c'étaient des hypothèses et non une science,—n'avait aucun rôle à jouer ici. Le collègue, que Mérédith avait fait appeler constaterait les causes constatables de la mort et la justice des hommes serait satisfaite.
S'il y avait...autre chose, la conscience de Mérédith et de Marcelle aurait seule à en répondre...
Et d'ailleurs y avait-il autre chose?
Une intrigue, un rendez-vous? D'accord.
Un crime? Si je l'eusse affirmé tout le monde m'eût pris pour un fou. On m'aurait dit que j'avais bu trop de Champagne, la veille, avec lord William et que si les résultats de ces libations exagérées avaient été moins funestes pour moi que pour le vieillard, ce n'était pas une raison pour troubler de mes rêves plus ou moins avisés la quiétude de Ville-d'Avray.
Je renfonçai en moi mes doutes et je me tus.