LOUIS-NAPOLEON

Aigle d'Austerlitz, où étaient tes ailes quand,

exilé bien loin sur un rivage barbare, après une

lutte inégale, sous les coups d'un inconnu, tomba

le dernier rejeton de ta race de rois?

Pauvre enfant! tu ne paraderas plus dans ton

manteau rouge, tu ne chevaucheras pas en grande

pompe à travers Paris, à la tête de tes légions revenues,

mais d'autre part, ta mère, la France, libre

et républicaine,

posera sur ton front pâle et sans couronne les

lauriers plus glorieux de la couronne guerrière,

afin que ton âme puisse sans déshonneur aller là-bas

raconter au puissant auteur de ta race

que la France a baisé les lèvres de la Liberté, et

les a trouvées plus douces que le miel de ses abeilles

à lui, et que la Démocratie, vague géante, se brise

sur les rivages où les rois reposaient sans souci.

SONNET SUR LE MASSACRE
DES CHRÉTIENS EN BULGARIE

Christ, est-ce que tu as vraiment expiré? Ou

bien tes os gisent-ils en leur sépulcre taillé dans

le roc. Et ta Résurrection n'a-t-elle été que le rêve

de celle dont les péchés méritent pardon par cela

seul qu'elle t'aimait tant?

Car ici l'air est rempli des plaintes horribles

des hommes, et on massacre les prêtres qui invoquent

ton nom. N'entends-tu point les lamentations

douloureuses de ceux dont les enfants gisent

sur la pierre?

Descends, ô Fils de Dieu, une nuit incestueuse

voile la terre, et à travers la nuit sans étoiles, je

vois le croissant lunaire dominer ta croix.

S'il est bien vrai que tu as brisé les barrières de

la tombe, descends, ô Fils de l'homme, et montre

ta puissance, de peur qu'à ta place ne soit couronné

Mahomet.