PROMENADES DE MAGDALEN

Les petits nuages blancs luttent à la course à

travers le ciel, et les champs sont parsemés de l'or

de la fleur de Mars. L'asphodèle surgit sous les

pieds, et le mélèze orné de franges oscille et se balance

quand le sansonnet pressé passe tout près.

Une délicate odeur se dissémine sur les ailes de

la brise matinale, odeur de feuilles, et de gazon, et

de terra fraîchement retournée. Les oiseaux chantent

gaiement l'heureuse naissance du Printemps, et

sautillent de branche en branche sur les arbres qui

se balancent.

Et partout les bois sont animés par le murmure et

les bruits du printemps, et le bourgeon de rose

éclate sur l'églantine grimpante, et la masse des

crocus est une frissonnante lune de feu, bordée de

toutes parts d'un anneau d'améthyste.

Et le platane dit à demi-voix au pin quelque

conte d'amour, si bien que celui-ci, sans sourire,

s'agite et secoue son manteau vert, et l'obscurité,

dans le creux de l'orme des montagnes, s'illumine

de l'éclat irisé que jette l'arc-en-ciel brillant sur la

gorge et la poitrine argentée de la colombe.

Voyez, là-bas, l'alouette quitte brusquement son

lit dans la prairie en brisant les fils de la Vierge et

les réseaux de la rosée, et filant au cours de la rivière,

pareil à une flamme bleue, le martin-pêcheur

vole comme une flèche et fend l'air.