REQUIESCAT
Marche d'un pas léger, elle est tout près, sous la
neige. Parle à voix basse: elle peut entendre croître
les pâquerettes.
Toute sa belle chevelure dorée a pris la teinte de
la rouille; elle qui était jeune, et charmante, elle
n'est que poussière.
Pareille au lis, blanche comme la neige, elle savait
à peine qu'elle était femme si doucement elle
avait grandi.
Les planches du cercueil, une lourde pierre pèsent
sur sa poitrine; seul je me torture le coeur,
mais elle, elle repose.
Silence! Silence! elle ne saurait entendre la lyre
ni le sonnet; toute ma vie est ensevelie ici. Entassons
de la terre par-dessus elle.
Avignon.
SONNET COMPOSÉ EN APPROCHANT DE
L'ITALIE
J'atteignais les Alpes, mon âme brûlait en moi,
à ton nom, Italie, Italie. Et quand je sortis du coeur
de la montagne, et que je vis le pays qui avait été
le désir de ma vie,
je me mis à rire comme un homme qui a gagné
un prix de haute valeur; et rêvant à l'histoire de
ta gloire, j'épiai le jour, jusqu'au moment où,
zébré de blessures enflammées, le ciel de turquoise
prit peu à peu la couleur de l'or poli.
Les pins flottaient comme flotte une chevelure
de femme, et dans les vergers, tout le lacis des
branchages s'épanouissait en flocons d'écume fleurie.
Mais quand j'appris que bien loin de là, dans
Rome, un second Pierre portait des chaînes funestes,
je pleurai de voir si belle une telle contrée.
Turin.