SÉRÉNADE

Le vent d'occident souffle fort à travers la sombre

mer Égée, et au pied du secret escalier de marbre, ma

galère tyrienne t'attend. Descends, la voile de

pourpre est déployée. Le veilleur dort dans la

ville. Oh! quitte ton lit brodé de fleurs de lys, ô

ma Dame, descends, descends.

Elle ne viendra pas, je la connais bien; elle n'a

aucun souci des voeux d'un amant, et un homme

n'aurait guère de bien à dire d'une créature si

cruelle et si belle. Le véritable amour n'est qu'un

joujou de femme; elle n'ont jamais connu la douleur

d'un amant, et moi qui aimais autant qu'aimé un

jeune homme, il faut que j'aime en vain, que j'aime

en vain.

O noble pilote, dis-moi la vérité. Est-ce là le

brillant d'une chevelure dorée, ou n'est-ce que le

réseau de la rosée dans ces fleurs de la passion que

voici? Bon marin, viens et dis-moi maintenant:

est-ce là la main de ma Dame? ou n'est-ce que le reflet

de la proue, où n'est-ce encore que le sable

argenté.

Non, non, ce n'est point le réseau de la rosée, ce

n'est point le sable bordé d'argent, c'est vraiment

ma chère Dame, avec sa chevelure d'or et sa main

de lys. O noble pilote, gouverne du côté de Troie

Bon marin, joue de la lourde rame. C'est la Reine

de vie et de joie que nous devons enlever au rivage

grec.

Le ciel décoloré prend une teinte vaguement

bleue; une heure encore, et il fera jour. A bord! à

bord! mon vaillant équipage. O ma Dame, fuyons!

fuyons! O noble Pilote, tourne la proue vers Troie.

Bon matelot, joue activement de la lourde rame. O

toi que j'aime comme n'aime qu'un jeune homme,

ô toi que j'aimerai d'un amour éternel.