IV.—VAMPIRES
"Les revenans de Hongrie, ou les Vampires, sont, d'apres dom Calmet[1], des hommes morts depuis un temps considerable, quelquefois plus, quelquefois moins long, qui sortent de leurs tombeaux et viennent inquieter les vivans, leur sucent le sang, leur apparoissent, font le tintamare a leurs portes, et dans leurs maisons et enfin leur causent souvent la mort. On leur donne le nom de Vampires ou d'Oupires, qui signifie, dit-on, en esclavon une sangsue. On ne se delivre de leurs infestations qu'en les deterrant, en leur coupant la tete, en les empalant, en les brulant, en leur percant le coeur."
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, tome II, p. 2.]
"J'ai appris, dit dom Calmet[1], de feu monsieur de Vassimont, conseiller de la chambre des comtes de Bar, qu'ayant ete envoye en Moravie par feu Son Altesse royale Leopold premier, duc de Lorraine, pour les affaires de monseigneur le prince Charles, son frere, eveque d'Olmutz et d'Osnabruck, il fut informe par le bruit public qu'il etoit assez ordinaire dans ce pays-la de voir des hommes decedes quelque tems auparavant se presenter dans les compagnies et se mettre a table avec les personnes de leur connoissance sans rien dire; mais que faisant un signe de tete a quelqu'un des assistans, il mourroit infailliblement quelques jours apres. Ce fait lui fut confirme par plusieurs personnes, et entre autres par un ancien cure, qui disoit en avoir vu plus d'un exemple."
[Note 1: Meme ouvrage, t. II, p. 31.]
Charles-Ferdinand de Schertz raconte[1] "Qu'en un certain village, une femme etant venue a mourir munie de tous ses sacremens, fut enterree dans le cimetiere a la maniere ordinaire. Quatre jours apres son deces, les habitans du village ouirent un grand bruit et un tumulte extraordinaire, et virent un spectre qui paroissoit tantot sous la forme d'un chien, tantot sous celle d'un homme, non a une personne, mais a plusieurs, et leur causoit de grandes douleurs, leur serrant la gorge, et leur comprimant l'estomac jusqu'a les suffoquer: il leur brisoit presque tout le corps, et les reduisoit a une faiblesse extreme, en sorte qu'on les voyoit pales, maigres et extenues. Le spectre attaquoit meme les animaux, et l'on a trouve des vaches abbatues et demi-mortes; quelquefois il les attachoit l'une a l'autre par la queue. Ces animaux par leurs mugissements marquoient assez la douleur qu'ils ressentoient. On voyoit les chevaux comme accables de fatigue, tout en sueur; principalement sur le dos, echauffes, hors d'haleine, charges d'ecume comme apres une longue et penible course. Ces calamites durerent plusieurs mois."
[Note 1: Magia posthuma, Olmutz, 1706, cite par dom Calmet, Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 33.]
Le meme auteur rapporte l'exemple d'un patre du village de Blow, pres de la ville de Kadam en Boheme, qui parut pendant quelque tems et qui appelloit certaines personnes, lesquelles ne manquoient pas de mourir dans la huitaine. Les paysans de Blow deterrerent le corps de ce patre, et le ficherent en terre avec un pieu, qu'ils lui passerent a travers le corps. Cet homme en cet etat se moquoit de ceux qui lui faisoient souffrir ce traitement, et leur disoit qu'ils avoient bonne grace de lui donner ainsi un baton pour se defendre contre les chiens. La meme nuict il se releva, et effraya par sa presence plusieurs personnes, et en suffoqua plus qu'il n'avoit fait jusqu'alors. On le livra ensuite au bourreau, qui le mit sur une charrette pour le transporter hors du village et l'y bruler. Ce cadavre hurloit comme un furieux et remuoit les pieds et les mains comme vivant; et lorsqu'on le perca de nouveau avec des pieux, il jetta de tres-grands cris, et rendit du sang tres-vermeil, et en grande quantite. Enfin on le brula, et cette execution mit fin aux apparitions et aux infestations de ce spectre.
"Il y a environ quinze ans, rapporte dom Calmet[1], qu'un soldat etant en garnison chez un paysan haidamaque, frontiere de Hongrie, vit entrer dans la maison, comme il etoit a table aupres du maitre de la maison son hote, un inconnu qui se mit aussi a table avec eux. Le maitre du logis en fut etrangement effraye, de meme que le reste de la compagnie. Le soldat ne savoit qu'en juger, ignorant de quoi il etoit question. Mais le maitre de la maison etant mort des le lendemain, le soldat s'informa de ce que c'etoit. On lui dit que c'etoit le pere de son hote, mort et enterre depuis plus de dix ans, qui s'etoit ainsi venu asseoir aupres de lui, et lui avoit annonce et cause la mort.
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. I. p. 37.]
"En consequence on fit tirer de terre le corps de ce spectre, et on le trouva comme un homme qui vient d'expirer, et son sang comme d'un homme vivant. Le comte de Cabreras lui fit couper la tete, puis le fit remettre dans son tombeau. Il fit encore informations d'autres pareils revenans, entr'autres d'un homme mort depuis plus de trente ans, qui etoit revenu par trois fois dans sa maison a l'heure du repas, avoit suce le sang au col, la premiere fois a son propre frere, la seconde a un de ses fils, et la troisieme a un valet de la maison; et tous trois en moururent sur-le-champ. Sur cette deposition, le commissaire fit tirer de terre cet homme, et, le trouvant comme le premier, ayant le sang fluide comme l'aurait un homme en vie, il ordonna qu'on lui passat un grand clou dans la tempe, et ensuite qu'on le remit dans le tombeau.
"Il en fit bruler un troisieme qui etoit enterre depuis plus de seize ans, et avoit suce le sang et cause la mort a deux de ses fils."
Voici, d'apres dom Calmet[1], ce qu'on lit dans les Lettres juives:
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. IV, p. 39.]
"Au commencement de septembre, mourut dans le village de Kisilova, a trois lieues de Gradisch, un vieillard age de soixante-deux ans. Trois jours apres avoir ete enterre, il apparut la nuit a son fils, et lui demanda a manger; celui-ci lui en ayant servi, il mangea et disparut.
"Le lendemain, le fils raconta a ses voisins ce qui etoit arrive.
"Cette nuit le pere ne parut pas; mais la nuit suivante il se fit voir, et demanda a manger. On ne sait pas si son fils lui en donna ou non, mais on trouva le lendemain celui-ci mort dans son lit: le meme jour, cinq ou six personnes tomberent subitement malades dans le village, et moururent l'une apres l'autre, peu de jours apres.
"On ouvrit tous les tombeaux de ceux qui etoient morts depuis six semaines: quand on vint a celui du vieillard, on le trouva les yeux ouverts, d'une couleur vermeille, ayant une respiration naturelle, cependant immobile comme mort; d'ou l'on conclut qu'il etoit un signale vampire. Le bourreau lui enfonca un pieu dans le coeur.
"On fit un bucher, et l'on reduisit en cendres le cadavre.
"On ne trouva aucune marque de vampirisme, ni dans le cadavre du fils, ni dans celui des autres."
Dom Calmet[1] rapporte en outre d'autres cas:
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. II, p. 43.]
"Dans un certain canton de la Hongrie, nomme en latin Oppida Heidonum, le peuple connu sous le nom de Heiduque croit que certains morts, qu'ils nomment vampires, sucent tout le sang des vivants, en sorte que ceux-ci s'extenuent a vue d'oeil, au lieu que les cadavres, comme les sangsues, se remplissent de sang en telle abondance, qu'on le voit sortir par les conduits et meme par les porres. Cette opinion vient d'etre confirmee par plusieurs faits dont il semble qu'on ne peut douter, vu la qualite des temoins qui les ont certifies.
"Il y a environ cinq ans, qu'un certain Heiduque, habitant de Medreiga, nomme Arnold Paul, fut ecrase par la chute d'un chariot de foin. Trente jours apres sa mort, quatre personnes moururent subitement, et de la maniere que meurent, suivant la tradition du pays, ceux qui sont molestes des vampires. On se ressouvint alors que cet Arnold Paul avoit souvent raconte qu'aux environs de Cassova et sur les frontieres de la Servie turque, il avoit ete tourmente par un vampire turc: car ils croyent aussi que ceux qui ont ete vampires passifs pendant leur vie, les deviennent actifs apres leur mort, c'est-a-dire que ceux qui ont ete suces, sucent aussi a leur tour; mais qu'il avoit trouve moyen de se guerir, en mangeant de la terre du sepulchre du vampire et en se frottant de son sang, precaution qui ne l'empecha pas cependant de le devenir apres sa mort, puisqu'il fut exhume quarante jours apres son enterrement, et qu'on trouva sur son cadavre toutes les marques d'un archi-vampire. Son corps etoit vermeil, ses cheveux, ses ongles, sa barbe, s'etoient renouvelles, et ses veines etoient toutes remplies d'un sang fluide et coulant de toutes les parties de son corps sur le linceul dont il etoit environne. Le Haduagi ou le bailli du lieu, en presence de qui se fit l'exhumation, et qui etoit un homme expert dans le vampirisme, fit enfoncer selon la coutume, dans le coeur du defunt Arnold Paul, un pieu fort aigu, dont on lui traversa le corps de part en part, ce qui lui fit, dit-on, jetter un cri effroyable, comme s'il etoit en vie. Cette expedition faite, on lui coupa la tete, et l'on brula le tout. Apres cela, on fit la meme expedition sur les cadavres de ces quatre autres personnes mortes de vampirisme, crainte qu'ils n'en fissent mourir d'autres a leur tour.
"Toutes ces expeditions n'ont cependant pu empecher que sur la fin de l'annee derniere, c'est-a-dire au bout de cinq ans, ces funestes prodiges n'ayent recommence, et que plusieurs habitans du meme village ne soient peris malheureusement. Dans l'espace de trois mois, dix-sept personnes de different sexe et de different age sont mortes de vampirisme, quelques-unes sans etre malades, et d'autres apres deux ou trois jours de langueur.
"Une nommee Stanoska, fille, dit-on, du Heiduque Sovitzo, qui s'etoit couchee en parfaite sante, se reveilla au milieu de la nuit, toute tremblante et faisant des cris affreux, disant que le fils du Heiduque Millo, mort depuis neuf semaines, avoit manque de l'etrangler pendant son sommeil. Des ce moment elle ne fit que languir, et au bout de trois jours elle mourut. Ce que cette fille avoit dit du fils de Millo le fit d'abord reconnoitre pour un vampire; on l'exhuma, et on le trouva tel. Les principaux du lieu, les medecins, les chirurgiens, examinerent comment le vampirisme avoit pu renaitre apres les precautions qu'on avoit prises quelques annees auparavant. On decouvrit enfin, apres avoir bien cherche, que le defunt Arnold Paul avoit tue non seulement les quatre personnes dont nous avons parle, mais aussi plusieurs bestiaux, dont les nouveaux vampires avoient mange, et entr'autres, le fils de Millo. Sur ces indices, on prit la resolution de deterrer tous ceux qui etoient morts depuis un certain tems, etc. Parmi une quarantaine, on en trouva dix-sept avec tous les signes les plus evidents de vampirisme: aussi leur a-t-on transperce le coeur et coupe la tete, et ensuite on les a brules, et jette leurs cendres dans la riviere.
"Toutes les informations et executions dont nous venons de parler ont ete faites juridiquement, en bonne forme, et attestees par plusieurs officiers, qui sont en garnison dans le pays, par les chirurgiens majors, et par les principaux habitans du lieu. Le proces-verbal en a ete envoye vers la fin de janvier dernier au conseil de guerre imperial a Vienne, qui avait etabli une commission militaire, pour examiner la verite de tous ces faits."
Dom Calmet[1] imprime une lettre d'un officier du duc Alexandre de
Wurtemberg qui certifie tous ces faits.
[Note 1: Meme ouvrage, t. I, p. 64.]
"Pour satisfaire, y est-il dit, aux demandes de Monsieur l'Abbe dom Calmet, le soussigne a l'honneur de l'assurer, qu'il n'est rien de plus vrai et de si certain que ce qu'il en aura sans doute lu dans les actes publics et imprimes, qui ont ete inseres dans les Gazettes par toute l'Europe; mais a tous ces actes publics qui ont paru, Monsieur l'Abbe doit s'attacher pour un fait veridique et notoire a celui de la deputation de Belgrade par feu S. M. Imp. Charles VI, de glorieuse memoire, et executee par feu son Altesse Serenissime le Duc Charles-Alexandre de Wurtemberg, pour lors Vice-Roi, ou Gouverneur du Royaume de Servie.
"Ce Prince fit partir une deputation de Belgrade moitie d'officiers militaires, et moitie du civil, avec l'Auditeur general du Royaume, pour se transporter dans un village, ou un fameux Vampire decede depuis plusieurs annees faisoit un ravage excessif parmi les siens: car notez que ce n'est que dans leur famille et parmi leur propre parente, que ces suceurs de sang se plaisent a detruire notre espece. Cette deputation fut composee de gens et de sujets reconnus pour leurs moeurs, et meme pour leur savoir, irreprochables et meme savans parmi les deux ordres: ils furent sermentes, et accompagnes d'un lieutenant de Grenadiers du Regiment du Prince Alexandre de Wurtemberg, et de 24 Grenadiers dudit Regiment.
"Tout ce qu'il y eut d'honnetes gens, le Duc lui-meme qui se trouverent a Belgrade, se joignirent a cette deputation, pour etre spectateurs oculaires de la preuve veridique qu'on allait faire.
"Arrives sur les lieux, l'on trouva que dans l'espace de quinze jours le vampire, oncle de cinq, tant neveux que nieces, en avoit deja expedie trois et un de ses propres freres; il en etoit au cinquieme, belle jeune fille, sa niece, et l'avoit deja sucee deux fois, lorsque l'on mit fin a cette triste tragedie par les operations suivantes.
"On se rendit avec les commissaires deputes pas loin de Belgrade, dans un village, et cela en public, a l'entree de la nuit, a sa sepulture. Il y avoit environ trois ans qu'il etoit enterre; l'on vit sur son tombeau une lueur semblable a celle d'une lampe, mais moins vive.
"On fit l'ouverture du tombeau, et l'on y trouva un homme aussi entier, et paroissant aussi sain qu'aucun de nous assistans: les cheveux et les poils de son corps, les ongles, les dents et les yeux (ceux-ci demi-fermes) aussi fortement attaches apres lui, qu'ils le sont actuellement apres nous qui avons vie, et existons, et son coeur palpitant.
"Ensuite l'on proceda a le tirer hors de son tombeau, le corps n'etant pas a la verite flexible, mais n'y manquant nulle partie ni de chair, ni d'os; ensuite on lui perca le coeur avec une espece de lance de fer rond et pointu; il en sortit une matiere blanchatre et fluide avec du sang, mais le sang dominant sur la matiere, le tout n'ayant aucune mauvaise odeur; ensuite de quoi on lui trancha la tete avec une hache semblable a celle dont on se sert en Angleterre pour les executions: il en sortit aussi une matiere et du sang semblable a celle que je viens de depeindre, mais plus abondamment a proportion de ce qui sortit du coeur.
"Au surplus, on le rejetta dans la fosse, avec force chaux vive pour le consommer plus promptement; et des-lors sa niece, qui avoit ete sucee deux fois, se porta mieux. A l'endroit ou ces personnes sont sucees, il se forme une tache tres bleuatre; l'endroit du moment n'est pas determine, tantot c'est en un endroit, tantot c'est en un autre. C'est un fait notoire atteste par les actes les plus autentiques, et passe a la vue de plus de 1,300 personnes toutes dignes de foi."
Le meme abbe donne cette autre lettre sur le meme sujet[1]:
[Note 1: Meme ouvrage, t. II, p. 68.]
"Vous souhaitez, mon cher cousin, etre informe au juste de ce qui se passe en Hongrie au sujet de certains revenants, qui donnent la mort a bien des gens en ce pays-la. Je puis vous en parler savamment: car j'ai ete plusieurs annees dans ces quartiers-la, et je suis naturellement curieux. J'ai oui en ma vie raconter une infinite d'histoires ou pretendues telles, sur les esprits et sortileges; mais de mille a peine ai-je ajoute foi a une seule: on ne peut etre trop circonspect sur cet article sans courir risque d'en etre la dupe. Cependant il y a certains faits si averes, qu'on ne peut se dispenser de les croire. Quant aux revenants de Hongrie, voici comme la chose s'y passe. Une personne se trouve attaquee de langueur, perd l'appetit, maigrit a vue d'oeil, et au bout de huit ou dix jours, quelquefois quinze, meurt sans fievre ni aucun autre symptome, que la maigreur et le dessechement.
"On dit en ce pays-la que c'est un revenant qui s'attache a elle et lui suce le sang. De ceux qui sont attaques de cette maladie, la plupart croyent voir un spectre blanc, qui les suit partout comme l'ombre fait le corps. Lorsque nous etions en quartier chez les Valaques, dans le Bannat de Temeswar, deux cavaliers de la compagnie dont j'etois cornette moururent de cette maladie, et plusieurs autres qui en etoient encore attaques en seroient morts de meme, si un caporal de notre compagnie n'avoit fait cesser la maladie, en executant le remede que les gens du pays emploient pour cela. Il est des plus particuliers, et quoiqu'infaillible, je ne l'ai jamais lu dans aucun rituel. Le voici: "On choisit un jeune garcon qui est d'age a n'avoir jamais fait oeuvre de son corps, c'est-a-dire, qu'on croit vierge. On le fait monter a poil sur un cheval entier qui n'a jamais sailli, et absolument noir; on le fait promener dans le cimetiere, et passer sur toutes les fosses: celle ou l'animal refuse de passer malgre force coups de corvache qu'on lui delivre, est reputee remplie d'un vampire; on ouvre cette fosse, et l'on y trouve un cadavre aussi gras et aussi beau que si c'etoit un homme heureusement et tranquillement endormi: on coupe le col a ce cadavre d'un coup de beche, dont il sort un sang des plus beaux et des plus vermeils et en quantite. On jureroit que c'est un homme des plus sains et des plus vivans qu'on egorge. Cela fait, on comble la fosse, et on peut compter que la maladie cesse, et que tous ceux qui en etoient attaques, recouvrent leurs forces petit a petit, comme gens qui echappent d'une longue maladie, et qui ont ete extenues de longuemain. C'est ce qui arriva a nos cavaliers qui en etoient attaques. J'etois pour lors commandant de la compagnie, et mon capitaine et mon lieutenant etant absens, je fus tres-pique que ce caporal eut fait faire cette experience sans moi."
Dom Calmet[1] rapporte encore deux faits de vampirisme en Pologne:
[Note 1: Meme ouvrage, t. II, p. 72-73.]
"A Warsovie, un pretre ayant commande a un sellier de lui faire une bride pour son cheval, mourut auparavant que la bride fut faite; et comme il etoit de ceux que l'on nomme vampires en Pologne, il sortit de son tombeau habille comme on a coutume d'inhumer les ecclesiastiques, prit son cheval a l'ecurie, monta dessus, et fut a la vue de tout Warsovie a la boutique du sellier, ou d'abord il ne trouva que la femme qui fut fort effrayee, et appela son mari, qui vint; et ce pretre lui ayant demande sa bride, il lui repondit: Mais vous etes mort, M. le cure; a quoi il repondit: Je te vas faire voir que non, et en meme tems le frappa de telle sorte que le pauvre sellier mourut quelques jours apres et le pretre retourna en son tombeau."
"L'intendant du comte Simon Labienski, Staroste de Posnanie, etant mort, la comtesse douairiere de Labienski voulut, par reconnaissance de ses services, qu'il fut inhume dans le caveau des seigneurs de cette famille; ce qui fut execute. Quelque tems apres, le sacristain qui avoit soin du caveau s'apercut qu'il y avoit du derangement, et en avertit la comtesse, qui ordonna suivant l'usage recu en Pologne qu'on lui coupat la tete, ce qui fut fait en presence de plusieurs personnes, et entre autres du sieur Jonvinski, officier polonois et gouverneur du jeune comte Simon Labienski, qui vit que lorsque le sacristain tira ce cadavre de sa tombe pour lui couper la tete, il grinca les dents, et le sang en sortit aussi fluide que d'une personne qui mourroit d'une mort violente, ce qui fit dresser les cheveux a tous les assistans, et l'on trempa un mouchoir blanc dans le sang de ce cadavre dont on fit boire a tous ceux de la maison pour n'etre point tourmentes."