§ XI.

Signes de la mnémonique.

L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son Collegium mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée (en allemand, Hambourg, 1707, 4o), a travaillé en ce sens. Il désigne par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.

Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des consonnes; ainsi 1—b, p, w; 2—c, k, q, x; 3—f ou v; 4—g ou j; 5—l; 6—m; 7—n; 8—r; 9—s; 0—d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres l m n et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots: limen, lumen, lamina, columen.

Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés.