II
_C'est printemps! C'est matin! C'est fête!
Viens! Que fais-tu, songeur, seul au seuil de ta porte!
—J'écoute chanter dans ma tête
Le refrain d'une chanson morte.
Plus de lumière, plus de bruit.
Ferme les yeux: le ciel est tout de noir tendu.
—Non! je vois luire dans la nuit
Le reflet d'un rayon perdu.
Dans mes yeux et dans ma pensée
La trace n'est pas effacée
De la grande aurore passée.
Sur les vagues et dans le vent
Plus haut que la voix des vivants
La voix des morts vibre souvent.
Flots, ô forêts, ô fleurs folles d'être vivantes, Vous êtes l'épanouissement du passé. L'épanouissement des germes entassés
Dans les profondeurs des tombes ferventes.
Et toi, race dorée, ô radieuse encore!
Le dernier reflet d'un rayon perdu
Mêle un charme fané à tes gloires d'aurore,
Et j'ai bien souvent, hélas! entendu
Dans l'iméné des soirs, dans ta voix jeune et forte,
Le refrain mourant d'une chanson morte.
Extases de la vie, amours, clartés, parfums, Réalités plus belles que toutes rêvées,
Vous êtes les fleurs de jardins défunts:
Elles furent d'un sang héroïque abreuvées
Qui ne coulera plus—Chansons mortes! Rayons perdus!