II

Or, voici que le cri des victimes s'est tu,
Et voici que partout, dans les langueurs de l'Ile,
Coeurs de mâles et flancs de femmes sont stériles.
La prudence, la peur et l'épargne ont tari
Le sang dont le sommet sacré n'est plus fleuri
Et qui stagne aux longs bords des siestes énervantes.
Et la vieille Forêt, dont la sève fervente
Prodigue éperdument ses flots insoucieux—
Palmiers fins dont le front frémit au bord des cieux,
Tamaris, hibiscus, fougères gigantesques,
Lianes sinuant leurs souples arabesques.
L'arbre de rose et le manguier qui chargent l'air
D'un faste d'ombre et de parfum, l'arbre de fer,
Le santal odorant dont l'écorce étincelle,
Et toute la Forêt généreuse, où ruisselle
En nappes d'ombres par les lourdes frondaisons
Et s'évapore en amères exhalaisons
La puissante liqueur de l'éternelle vie,
La Forêt douloureuse et la Forêt ravie,
Où la nature naît, meurt et renaît sans fin,—
Dénonce et blâme avec le tumulte divin
De l'amour la folie et le crime de l'homme,
Qui, de ses pâles jours lâchement économe,
Et corrompu d'orgueils interdits aux mortels,
S'empoisonne du sang qu'il dérobe aux autels!