LES CLOUTIERS

Les cloutiers ou fabricants de clous ont bien perdu de leur importance, depuis qu'on a trouvé le moyen de les faire en gros, par des procédés qui diminuent le prix de revient. On peut considérer ce métier comme en voie de disparition. Sans être au premier rang des travailleurs du fer, les cloutiers y faisaient une certaine figure. Un Noël de la Franche-Comté, composé en 1707, et qui fait venir autour de la crèche de l'Enfant-Jésus les divers corps d'état, présente les cloutiers, non sans insinuer qu'ils boivent assez volontiers:

Les clouties que sont tous en rond Autoüot de lieute forge, Fant das pointes pou las chevrons; Lou Môtre airouë sas compaignons De toute soëthe en borge: Lou feu, lai bise en ste saison Lieu faut soichie lai gorge.

Dans le Bocage normand, d'après Richard Séguin, on rencontrait fréquemment, au coin d'un bois ou d'une pièce de terre, une méchante cabane noircie, où, dès le point du jour, en été, et plusieurs heures avant le lever du soleil, en hiver, se rendaient deux ou trois cloutiers qui travaillaient à la même forge. Un petit garçon, encore trop faible pour manier le marteau, faisait marcher le soufflet, assis sur le billot. Le dimanche ils portaient leurs sacs chez les grossiers, qui les leur payaient et rapportaient un paquet de verges de fer qu'ils mettaient en oeuvre la semaine suivante. Ils travaillaient beaucoup et leur gain était petit.

Les cloutiers figuraient dans le compagnonnage; ils présentaient même cette particularité que, plus que tout autre corps d'état, ils suivaient les plus anciennes coutumes; ils commandent leurs assemblées, dit Perdiguier, ils font leurs grandes cérémonies en culotte courte et en chapeau monté. De plus, ils ont des cheveux longs et tressés sur leur tête. Si un membre de la société vient à mourir, ils quittent leurs chapeaux, défont, délient leurs longues tresses et vont l'enterrer avec les cheveux en désordre et leur couvrant presque tout le visage. Les cloutiers sont nombreux à Nantes et se soutiennent comme frères.

Brizeux, qui avait eu l'occasion de voir souvent des cloutiers en Bretagne, où, il y a une trentaine d'années, ils étaient renommés pour la jovialité de leur caractère et leur esprit porté à la farce, a écrit la chanson du cloutier, l'une des plus jolies pièces qui aient été faites sur les ouvriers:

Sans relâche dans mon quartier
J'entends le marteau du cloutier.

Le jour, la nuit son marteau frappe!
Toujours sur l'enclume il refrappe!

Voyez ses bras noirs et luisants
Retourner le fer en tout sens.

Jamais il ne voit le ciel bleu,
Mais toujours la forge et son feu.

C'est pour sa femme et ses enfants
Qu'il fait tant de clous tous les ans.

Grands clous à tête et petits clous,
Oh! combien de fer pour deux sous!

Rarement le cabaretier
Voit dans sa maison le cloutier.

Mais le dimanche, il chôme enfin,
Et chante à l'office divin.

Que Dieu dans son noir atelier,
Dieu bénisse cet ouvrier!

[Illustration: Atelier de serrurerie, d'après Jost Amman.]

Le lutin allemand Hütchen, ainsi nommé parce qu'il se montrait la tête couverte d'un petit chapeau de feutre, donna à un pauvre cloutier d'Hildesheim un morceau de fer dont il pouvait faire des clous d'or, et à sa fille un rouleau de dentelles d'où l'on pouvait toujours tirer, sans crainte de le diminuer.