CXVIII.

De la revenue du régent à Paris et des nopces Jehan, conte de Harecourt ; et coment le captau de Buef prist la ville de Clermont.

Le lundi septiesme jour d'octobre ensuivant, retourna ledit régent de Rouen à Paris ; et entra le lundi devant soleil levant à Paris, accompagnié de seize hommes de cheval ou environ ; et avoit chevauchié toute la nuit, car le dimenche précédent il avoit souppé à Vernon bien tart et de là s'en vint toute nuit à Paris.

Item, le lundi quatorziesme jour d'octobre, Jehan, conte de Harrecourt, fils du conte de Harrecourt qui avoit eu la teste coppée à Rouen, si comme dessus est devisé, espousa Catherine, seur du duc de Bourbon et fille du duc qui avoit esté mort en la bataille de Poitiers, là où le roy Jehan avoit esté pris, et seur aussi de la duchesse de Normendie, de la royne d'Espaigne et de la contesse de Savoie. Et furent les nopces au Louvre près de Paris ; et y furent présens ledit régent et le roy de Navarre.

Item, le mardi douziesme jour de novembre ensuivant, fu la tour du pont Sainte-Maxence prise par certains Anglois que le capitain de la tour tenoit prisonniers dedens ladite tour.

Item, le lundi ensuivant dix-huitiesme jour dudit moys de novembre, l'an mil trois cent cinquante-neuf dessus dit, devant le point du jour, fu eschiellé le chastel de Clermont en Beauvoisin et la ville prise par un gascoin de la partie du roy anglois, appelé le cateau de Buef[170], lequel estoit venu de Mante par devers le roy de Navarre, son cousin et ami très espécial, sous sauf-conduit dudit régent, lequel sauf-conduit avoit esté donné audit cateau par ledit régent, à la requeste et prière dudit roy de Navarre. Et le sauf-conduit durant, il prist lesdis chastel et ville de Clermont.

[170] Le cateau de Buef. Captal de Buch. Jean de Grailly, captal de Busch ou de Buch, petit pays du Bordelois. Le château de Cap ou tête de Busch donnoit à celui qui le possédoit le titre de captal. On a écrit ce nom de Busch de bien des façons, mais les meilleures leçons des Chroniques de Saint-Denis le donnent, ici, comme nous l'avons préféré ; et deux vers de la chanson de geste de Bertrand Du Guesclin justifient cette orthographe :

Car je croi, sé Dieu plaist et je puis esploitier,

Que du catal de Buef mengerai un quartier,

Né je ne pense à nuit autre char mengier.

Du père de Jean de Grailly descendent en ligne directe féminine les rois de France de la maison de Bourbon.