CXXXI.

Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à celui que le régent avoit fait à Paris.

L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys de may, ledit régent monstra auxdis Anglois les saintes reliques, en la chapelle royal à Paris, et donna à disner auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval ; et après se partirent de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre et pardevers ledit prince ; et envoia ledit régent, avecques lesdis Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers de la partie de France, pour veoir faire ledit sairement audit prince par la manière que avoit fait ledit régent. Lequel prince fist ledit sairement en la présence desdis chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame de Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre Seigneur, jour de vendredi et quinziesme jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus dit.

Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys, ledit roy et ses enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour aler en Angleterre quérir le roy de France, et la plus grande partie de l'ost desdis anglois passèrent la rivière de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent avoit mandé que l'on les feist passer ; et s'en alèrent droit à Calais sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres ; et demoura en France, pour les Anglois, le conte de Warvich, mareschal d'Angleterre, pour faire tenir de leur partie les trièves qui avoient esté prises par ledit traictié, jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante-un, et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées par tout le royaume ; mais elles furent mal tenues en pluseurs lieux, par espécial des Anglois ; car pluseurs se mistrent à estre espieurs de chemins, et par manière de volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de guerre ; car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins et roboient tout.