XXIX.
Coment monseigneur Bertran du Guesclin fu fait connestable de France.
Item, le mercredi second jour du mois d'octobre ensuivant, le roy de France fist connestable de France, vacant par la résinacion que avoit fait dudit office monseigneur Moreau de Fiennes qui par avant l'avoit esté, un chevalier breton, appellé messire Bertran du Guesclin, pour la vaillance dudit chevalier : car il estoit de mendre lignage que autre connestable qui par avant eust esté ; mais, par sa vaillance, il avoit acquises pluseurs grans terres et seigneuries : c'est assavoir, en France, la conté de Longueville que le roy de France luy avoit donnée ; et en Castelle, le roy Henry de Castelle luy avoit donné plus de dix mille livrées de terres. Et assez tost après ala en Anjou, où estoient les devant dis Canole et Granson qui avoient enforcié Vas, Rully[298] et autres lieux, et en combatti et desconfit en une route environ six cens : et y fu pris ledit messire Thomas de Granson. Et après, ala ledit messire Bertran à Vas et le prist par assaut et y furent mors et pris environ trois cens Anglois, et tantost ala à Rully ; mais ceux qui le tenoient s'en estoient partis tantost que il avoient sceu la prise de Vas, mais ledit connestable les suivit jusques à Versurre[299] et là ès forsbours les combatti et desconfit, et y furent bien trois cens mors et pris ; et prist la ville et après la laissa.
[298] Vas. Aujourd'hui Vaas, à plusieurs lieues de Pontvalain, le seul endroit dont parle Froissart dans cette circonstance. — Robert Canolle, suivant la chronique inédite du manuscrit 530, « avoit laissié pluseurs de ses gens en la forteresse de Vas, qui séoit sur la rivière du Loir, et à Rilly (aujourd'hui Ruillé) et au Louroux, lesquels il avoient de nouvel emperées. » (Fo 101.)
[299] Versurre. Variante : Bersurre.