Amarres.

On désigne sous le nom général d'amarres, ce qui sert à amarrer un navire dans toutes les circonstances, soit par le moyen des ancres, soit sur les boucles des quais.

Ce sont les câbles, grelins et aussières.

Les câbles ont cent vingt brasses de long, leur circonférence six lignes par pied de bau; l'ancre à laquelle ils sont étalingués a pour poids la moitié du leur; mais on augmente quelquefois cette proportion à bord des grands navires, et on la porte aux deux tiers.

L'étalingure se fait en passant le câble dans l'arganeau de l'ancre, et le tournant deux fois sur lui-même, où on le retient par trois amarrages plats.

Deux câbles épissés bout à bout portent le nom de grande touée. Chaque navire a au moins une grande touée étalinguée à la plus forte ancre du bossoir; la moins forte, appelée ancre d'affourche, ne porte qu'un câble, afin que lorsqu'on est affourché on puisse dépasser les tours des câbles plus facilement.

La seconde grande touée, si le navire en a une, est étalinguée à une des ancres de veille des porte-haubans de misaine. La seconde n'est étalinguée que dans les circonstances extraordinaires.

Le nombre des câbles est supérieur d'un à celui des ancres; mais l'adoption des chaînes a totalement changé les anciennes dispositions, sans cependant en établir encore de bien fixes.

Les bâtimens de guerre, tels que vaisseaux et frégates, avaient cinq ancres et six câbles. Deux ancres aux bossoirs, deux ancres de veille dans les porte-haubans de misaine, et une cinquième le long de la grande épontille de la cale; deux grandes touées et deux câbles d'affourche.

Ces quantités se réduisaient, pour les plus faibles navires, à trois ancres et quatre câbles.

Les bâtimens du commerce dépassaient rarement ce nombre, et ce n'était que dans des campagnes qui pouvaient être d'une longue durée.

Maintenant tous les bâtimens de guerre, sans exception, ont deux chaînes de cent quatre-vingts brasses, formées de dix bouts de dix-huit brasses, réunis par des manilles à boulons.

Pour les vaisseaux et frégates, on donne deux câbles pour les ancres de veille, et on leur étalingue trente-six brasses de chaîne qui s'épissent avec le câble.

Les bâtimens d'un rang inférieur n'ont qu'un câble.

Ceux du commerce ont ordinairement une chaîne de cent quatre-vingts brasses, une seconde de quatre-vingt-dix brasses.

Quel que soit le nombre de chaînes qu'on ait à bord, il faut toujours être muni d'un câble pour les élonger en cas d'échouage; car les chaînes sont bien difficiles, pour ne pas dire impossibles, à élonger.

Ces chaînes prennent le nom de câbles-chaînes.

On leur donne pour grosseur une demi-ligne de diamètre par pied de bau, ou une ligne par pouce de la circonférence du câble.

Les câbles, en rentrant par les écubiers, se tournent sur des montans en bois[6] appuyés sur la carlingue, élongent le pont, passent sur des rouleaux placés aux angles avant du grand panneau, et descendent dans la cale où ils sont lovés à grands plis, tribord et bâbord de l'archipompe. Leur extrémité inférieure est étalinguée au grand mât.

Les bittes et leurs coussins sont garnis de manchons en fer pour y tourner les câbles-chaînes qui se rendent dans leurs puits au pied du grand mât, et passent dans des écoutillons garnis en fer, pratiqués au-dessus. Leur extrémité inférieure est boulonnée sur une boucle chevillée sur la carlingue, ou embrassant la grande épontille.

Les écubiers sont garnis d'un manchon en fer, et portent extérieurement un rouleau du même métal.

On les arrête en les bridant en dessous de leurs écoutillons par un croc en fer, appelé cou de cigogne, chevillé sous le pont supérieur, et mis en mouvement par un petit palan dont la poulie double se croche à l'œillet du croc, et la poulie simple à un piton placé sous un bau en avant. On place aussi, soit à l'écubier, soit en arrière des bittes, une espèce d'étau appelé slopper, dans lequel le câble-chaîne est passé et bridé.

Les câbles sont garnis à l'écubier de paillets, pour les préserver du frottement; on les garnit aussi au portage des sous-barbes. Ils sont arrêtés en arrière des bittes par de fortes bosses épissées ou crochées à des boucles sur le pont.

Lorsqu'on prend la mer pour de longues traversées, les câbles et les câbles-chaînes sont détalingués et mis dans la cale. Mais les câbles ne doivent y être mis que bien secs. Il faut même avoir le soin, pendant la traversée, de les monter sur le pont pour les faire aérer.

Les grelins ne sont que des câbles d'une moindre dimension, puisqu'ils sont commis de la même manière. Le plus fort grelin a pour circonférence la moitié de celle du câble. Les autres ont un pouce ou deux de moins. Cependant les navires ont souvent deux grelins de la même force.

Leur nombre est de quatre pour les grands navires, de trois pour ceux du rang inférieur, et enfin de deux.

Les grelins s'étalinguent sur des ancres à jet, soit pour affourcher les navires sur des rades où le vent régnant est toujours de la même partie, et où on n'a besoin que d'empêcher le bâtiment de courir sur son ancre dans les calmes ou les folles brises; soit pour le touer, c'est-à-dire le faire changer de position pour une cause quelconque.

Le plus fort grelin est maintenant remplacé, sur beaucoup de navires, par un grelin-chaîne de quatre-vingt-dix brasses.

Les aussières sont commises en franc filin, c'est-à-dire à trois ou quatre torons: leur grosseur est ordinairement celle des grands haubans. Chaque navire en a trois; ceux d'un rang inférieur deux.

Elles servent à touer par des calmes ou des faibles brises.

Les grelins et aussières se lovent dans la cale, entre le grand panneau et celui de l'avant. Ils doivent toujours être dégagés et disposés de manière à pouvoir être envoyés en même temps, un par chaque panneau.

Les bâtimens ont trois ou deux ancres à jet, suivant leur rang. Elles se placent ordinairement dans les grands porte-haubans.

CORDAGE DES ANCRES.