ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE.—Dans le cabinet de De Saint-Pré.

M. de Saint-Pré est seul; il écrit en poussant des soupirs; il prononce des phrases sans suite, entrecoupées de sanglots; le chiffre de quatre cent mille livres revient souvent dans son discours. Il parle de quitter à jamais sa femme; il prend des sacs dans son secrétaire; sur l'un il attache l'étiquette suivante: Pour ma femme. «Elle trouvera, dit-il, dans ces dispositions d'une mort qu'elle me donne, le dernier témoignage de mes sentiments.» Il prend ensuite dans un tiroir une paire de pistolets. A ce moment on annonce M. de Montmécourt.

SCÈNE II.

M. DE SAINT-PRÉ, M. DE MONTMÉCOURT.

Nouvelles doléances de M. de Saint-Pré; il aime de Montmécourt, il a confiance en lui, il veut lui ouvrir son cœur. Il lui raconte ses tourments: «Ma femme, dit-il, est une malheureuse; Valchaumé est un misérable. Je suis leur juge; je ne veux pas des tribunaux, ressource des lâches!» Il lui demande ensuite un service; il le prie de recevoir toute sa fortune et de la conserver dans son secrétaire. Il exige de lui, sur ces choses, le plus complet silence.

M. de Montmécourt demande à réfléchir; il n'était pas préparé à de semblables confidences; il était loin de soupçonner de tels malheurs! Il cherche à rendre à M. de Saint-Pré un peu de calme et de confiance; il fait l'éloge de Mme de Saint-Pré.

De Saint-Pré, insistant.—«Promettez-moi d'accepter le dépôt dont je vous ai parlé.

De Montmécourt.—«Laissez-moi réfléchir jusqu'à demain, et venez dîner avec nous.»

Mais de Saint-Pré ne veut rien entendre; il insiste tellement, que de Montmécourt finit par accepter.

SCÈNE III.—Dans le salon.

En quittant de Saint-Pré, de Montmécourt demande à voir Mme de Saint-Pré. Cette scène est à peu près, ainsi qu'on va le voir, la répétition de la scène II du premier acte, où Mme de Mainville conseille à Mme de Saint-Pré d'éloigner Valchaumé.

De Montmécourt.—«Je ne saurais vous dire, madame, en termes assez pressants et assez vifs, dans quel triste état j'ai trouvé votre mari. Il est dévoré par le soupçon et la jalousie.....

Madame de Saint-Pré.—«Je pense, monsieur, que vous croyez à mon honnêteté.

De Montmécourt.—«Elle est hors de doute!

Madame de Saint-Pré.—«Alors, je puis vous dire tout ce que je souffre depuis trois mois. Notre intérieur est un véritable enfer; l'union de notre ménage est perpétuellement troublée; mon mari est devenu sombre et maniaque; sa jalousie inexpliquée est inguérissable, et pourtant, Dieu le sait! j'ai fait tout ce que j'ai pu pour porter remède à son mal...

De Montmécourt.—«Vous avez omis, cependant, d'employer le principal et le plus efficace.

Madame de Saint-Pré.—«Et lequel, je vous prie?

De Montmécourt.—«J'hésite à parler...

Madame de Saint-Pré.—«Ne craignez pas de me blesser; je désire que vous parliez; je vous en conjure, ce remède quel est-il?

De Montmécourt.—«Puisque vous m'y forcez, je vais parler, madame... M. de Valchaumé est encore dans cette maison! (A ces mots, madame de Saint-Pré se trouble, rougit et pâlit tour à tour, circonstance qui n'échappe pas à M. de Montmécourt.) Permettez-moi d'insister sur ce point. Je crois indispensable au repos de votre ménage, et surtout à celui de votre mari, que vous décidiez M. de Valchaumé à partir sur-le-champ.»

Madame de Saint-Pré.—Elle se livre à une longue apologie de M. de Valchaumé: «C'est mon ami, c'est le meilleur, le plus dévoué et le plus utile des amis de mon mari...

M. de Montmécourt.—«Il n'en est pas moins vrai qu'il est, chez vous, une cause de trouble que vous ne sauriez nier; sa présence a causé la maladie et la jalousie de votre mari.

Madame de Saint-Pré.—«Eh bien, s'il en est ainsi, je réduirai à néant les craintes de mon mari en m'éloignant moi-même; je me retirerai dans un couvent.

M. de Montmécourt.—«Ce serait aggraver les choses et exciter davantage encore les soupçons et la colère de M. de Saint-Pré. Croyez-moi, renoncez à ce moyen et suivez le conseil que je vous ai donné.» (Il sort.)

SCÈNE IV.

Mme de Saint-Pré se livre alors à une série interminable de reproches et de récriminations qu'elle s'adresse à elle-même; en proie à ses remords, aux blâmes secrets de sa conscience, elle répand des torrents de larmes. Elle cherche à se réconcilier avec elle-même, et alors, plus calme, elle fait appeler M. de Valchaumé.

SCÈNE V.

MADAME DE SAINT-PRÉ, DE VALCHAUMÉ.

Scène assez longue entre les deux amants et où la difficulté de leur position respective leur apparaît de plus en plus menaçante; scène entremêlée de reproches, de plaintes, d'aigreur et de mécontentements. Mme de Saint-Pré parle à Valchaumé de l'état de son mari; Valchaumé, qui commence peut-être aussi à se lasser de sa maîtresse en présence de l'impossibilité, qu'il pressent prochaine, de continuer ses relations, parle de son départ: «Je m'éloignerai pour six mois,» dit-il. Le remords le poursuit; lui aussi, il comprend son crime! Il entame, à ce sujet, une longue leçon de morale à l'adresse de Mme de Saint-Pré; il lui parle de ses devoirs, des droits de son mari, de son honneur qu'ils ont tous deux outragé, de son bonheur qu'ils ont compromis. Il finit par lui conseiller de se rapprocher de son mari et de chercher à lui rendre le repos qu'il a perdu.

A cette proposition inattendue, Mme de Saint-Pré oublie ses résolutions; les sentiments de conciliation font place, en elle, à l'indignation la plus vive:

Madame de Saint-Pré, avec feu.—«Vous êtes un malhonnête homme! vous pouvez vous retirer.

M. de Valchaumé.—«Quittez ce ton-là, madame! Savez-vous à quelles créatures il est familier?»

Puis ils se radoucissent tous deux. Valchaumé recommence à lui parler de ses devoirs oubliés, de son honneur sacrifié, etc... «Renonçons au crime, lui dit-il enfin, je te rends à ton mari!...»

Mais Mme de Saint-Pré a peur. Elle redoute la vengeance et la colère de son époux.

M. de Valchaumé.—«Pourquoi crains-tu? Il n'a point de preuves. Il est facile de s'en assurer d'ailleurs, je veux le voir moi-même pour savoir la vérité.» (Ils se quittent.)

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