SCÈNE II.

ISABELLE, représentant Hippolyte; LYSE, représentant Clarine[1427].

LYSE.

Ce divertissement n'aura-t-il point de fin?
Et voulez-vous passer la nuit dans ce jardin?1340

ISABELLE.

Je ne puis plus cacher le sujet qui m'amène:
C'est grossir mes douleurs que de taire ma peine.
Le prince Florilame....

LYSE.

Eh bien! il est absent.

ISABELLE.

C'est la source des maux que mon âme ressent[1428];
Nous sommes ses voisins, et l'amour qu'il nous porte1345
Dedans son grand jardin nous permet cette porte.
La princesse Rosine, et mon perfide époux,
Durant qu'il est absent en font leur rendez-vous:
Je l'attends au passage, et lui ferai connoître
Que je ne suis pas femme à rien souffrir d'un traître.

LYSE.

Madame, croyez-moi, loin de le quereller,
Vous ferez beaucoup mieux de tout dissimuler[1429]:
Il nous vient peu de fruit de telles jalousies[1430];
Un homme en court plus tôt après ses fantaisies[1431];
Il est toujours le maître, et tout notre discours[1432],1355
Par un contraire effet, l'obstine en ses amours.

ISABELLE.

Je dissimulerai son adultère flamme!
Une autre aura son cœur, et moi le nom de femme[1433]!
Sans crime, d'un hymen peut-il rompre la loi?
Et ne rougit-il point d'avoir si peu de foi?1360

LYSE.

Cela fut bon jadis; mais au temps où nous sommes,
Ni l'hymen ni la foi n'obligent plus les hommes:
Leur gloire a son brillant et ses règles à part[1434];
Où la nôtre se perd, la leur est sans hasard;
Elle croît aux dépens de nos lâches foiblesses;1365
L'honneur d'un galant homme est d'avoir des maîtresses.

ISABELLE.

Ote-moi cet honneur et cette vanité,
De se mettre en crédit par l'infidélité.
Si pour haïr le change et vivre sans amie
Un homme tel que lui tombe dans l'infamie[1435],1370
Je le tiens glorieux d'être infâme à ce prix;
S'il en est méprisé, j'estime ce mépris.
Le blâme qu'on reçoit d'aimer trop une femme
Aux maris vertueux est un illustre blâme.

LYSE.

Madame, il vient d'entrer; la porte a fait du bruit.1375

ISABELLE.

Retirons-nous, qu'il passe.

LYSE.