SCÈNE III.

ARBAZE, FLORINE, AGLANTE.

FLORINE.

Quoi, Monsieur, ma présence
De l'oncle et du neveu trouble la conférence?

ARBAZE, en s'en allant.

Avant que de vous voir j'étois sur le départ,
Et vous n'aimez pas tant l'entretien d'un vieillard;
Je crois que mon adieu vous plaira davantage,125
Puisqu'il vous abandonne un galant de votre âge.

FLORINE.

Il a toujours le mot, et sous ses cheveux gris
Sa belle humeur fait honte aux plus jeunes esprits.

AGLANTE.

Son bonheur, à mon gré, passe bien l'ordinaire,
Puisque, tout vieux qu'il est, il a de quoi vous plaire.130

FLORINE.

A qui ne plairoit pas un vieillard si discret?
Je ne puis le celer, je n'en vois qu'à regret:
J'aime bien leur adieu, mais non pas leur présence.
Lui qui s'en doute assez, me fuit par complaisance;
Et m'avoir en partant laissé votre entretien,135
C'est un nouveau sujet de lui vouloir du bien.

AGLANTE.

Son adieu va produire un effet tout contraire.
J'ai l'esprit tout confus, pour ne vous pas déplaire,
Et le pesant chagrin qui m'accable aujourd'hui
Vous donnera sujet de vous plaindre de lui.140
Dans le secret désordre où mon âme est réduite,
Mon humeur est sans grâce et mes propos sans suite;
Je ne suis bon enfin qu'à vous importuner.

FLORINE.

Bien moins que votre esprit ne veut s'imaginer.
Mon naturel est vain, je me flatte moi-même:145
Quand on m'entretient mal, je présume qu'on m'aime.
Je crois voir aussitôt un effet de mes yeux,
Et l'on me plairoit moins de m'entretenir mieux.
Un discours ajusté ne sent point l'âme atteinte:
Plus il a de conduite et plus il a de feinte,150
Le désordre sied bien à celui d'un amant:
Quelque confus qu'il soit, il parle clairement.
Or moi qui ne suis pas de ces capricieuses
Qui donnent à l'amour des lois injurieuses,

(Orphise et Cléonice sortent et écoutent leurs discours.)

En mettent le haut point à se taire et souffrir,155
Et s'offensent des vœux qu'on ose leur offrir,
Je vous estimerois envieux de ma gloire
Si vaincu par mes yeux, vous cachiez ma victoire.
Parlez donc hardiment du feu que vous sentez,
Ne soyez point honteux des fers que vous portez.160
Sitôt qu'on est blessé, j'aime à voir qu'on se rende,
Et mon cœur pour le moins vaut bien qu'on le demande.
Je ne suis pas d'humeur à vous laisser périr;
Mais sans savoir vos maux, les pourrai-je guérir?
Le silence en amour est un lâche remède.165
Tâchant à vous aider, méritez qu'on vous aide:
Laissez à votre bouche expliquer les discours
Que vos yeux languissants me font de vos amours.