SCÈNE III.

JASON, CRÉUSE, CLÉONE.

JASON.

Que votre zèle est long, et que d'impatience[964]
Il donne à votre amant, qui meurt en votre absence!

CRÉUSE.

Je n'ai pas fait pourtant au ciel beaucoup de vœux[965]:
Ayant Jason à moi, j'ai tout ce que je veux.180

JASON.

Et moi, puis-je espérer l'effet d'une prière
Que ma flamme tiendroit à faveur singulière?
Au nom de notre amour, sauvez deux jeunes fruits
Que d'un premier hymen la couche m'a produits;
Employez-vous pour eux, faites auprès d'un père[966]185
Qu'ils ne soient point compris en l'exil de leur mère:
C'est lui seul qui bannit ces petits malheureux,
Puisque dans les traités il n'est point parlé d'eux.

CRÉUSE.

J'avois déjà parlé de leur tendre innocence[967],
Et vous y servirai de toute ma puissance,190
Pourvu qu'à votre tour vous m'accordiez un point
Que jusques à tantôt je ne vous dirai point.

JASON.

Dites, et quel qu'il soit, que ma reine en dispose.

CRÉUSE.

Si je puis sur mon père obtenir quelque chose,
Vous le saurez après: je ne veux rien pour rien.195

CLÉONE.

Vous pourrez au palais suivre cet entretien.
On ouvre chez Médée, ôtez-vous de sa vue:
Vos présences rendroient sa douleur plus émue;
Et vous seriez marris que cet esprit jaloux
Mêlât son amertume à des plaisirs si doux.200