SCÈNE III.

CRÉON, Domestiques.

CRÉON.

Loin de me soulager, vous croissez mes tourments[1170]:
Le poison à mon corps unit mes vêtements,1360
Et ma peau, qu'avec eux votre secours m'arrache[1171],
Pour suivre votre main de mes os se détache:
Voyez comme mon sang en coule à gros ruisseaux[1172].
Ne me déchirez plus, officieux bourreaux:
Votre pitié pour moi s'est assez hasardée;1365
Fuyez, ou ma fureur vous prendra pour Médée.
C'est avancer ma mort que de me secourir;
Je ne veux que moi-même à m'aider à mourir.
Quoi! vous continuez, canailles infidèles!
Plus je vous le défends, plus vous m'êtes rebelles!1370
Traîtres, vous sentirez encor ce que je puis:
Je serai votre roi, tout mourant que je suis;
Si mes commandements ont trop peu d'efficace,
Ma rage pour le moins me fera faire place:
Il faut ainsi payer votre cruel secours.1375

(Il se défait d'eux et les chasse à coups d'épée[1173].)