SCÈNE V.

CLINDOR[1482], ROSINE, ISABELLE[1483], LYSE[1484], ÉRASTE, troupe de Domestiques[1485].

ÉR. Donnons, ils sont ensemble. ISAB.Oh Dieux! qu'ai-je entendu?
LYSE. Madame, sauvons-nous. PRID.Hélas! il est perdu.
CLIND. Madame, je suis mort, et votre amour fatale
Par un indigne coup aux enfers me dévale.
ROS. Je meurs, mais je me trouve heureuse en mon trépas,
Que du moins en mourant je vais suivre tes pas.
ÉR. Florilame est absent; mais durant son absence,
C'est là comme les siens punissent qui l'offense:
C'est lui qui par nos mains vous envoie à tous deux
Le juste châtiment de vos lubriques feux[1486].
ISAB. Réponds-moi, cher époux, au moins une parole:
C'en est fait, il expire, et son âme s'envole.
Bourreaux, vous ne l'avez massacré qu'à demi:
[Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;
Achevez, assassins, de m'arracher la vie;]
Sa haine sans ma mort n'est pas bien assouvie.
ÉR. Madame, c'est donc vous! ISAB.Oui, qui cours au trépas.
ÉR. Votre heureuse rencontre épargne bien nos pas:
Après avoir défait le prince Florilame
D'un ami déloyal et d'une ingrate femme,
Nous avions ordre exprès de vous aller chercher.
ISAB. Que voulez-vous de moi, traîtres? ÉR.Il faut marcher:
Le prince, dès longtemps amoureux de vos charmes,
Dans un de ses châteaux veut essuyer vos larmes.
ISAB. Sacrifiez plutôt ma vie à son courroux.
ÉR. C'est perdre temps, Madame, il veut parler à vous.

(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et le reste des acteurs, et le Magicien et le père sortent de la grotte[1487].)