SCÈNE XIV.
FLORICE, ARONTE, Le Mercier, La Lingère[293].
FLORICE.
Aronte, eh bien, quels fruits produira notre adresse?
ARONTE.
De fort mauvais pour moi. Mon maître, au désespoir,
Fuit les yeux d'Hippolyte, et ne veut plus me voir[294].1440
FLORICE.
Nous sommes donc ainsi bien loin de notre conte?
ARONTE.
Oui, mais tout le malheur en tombe sur Aronte.
FLORICE.
Ne te débauche point, je veux faire ta paix.
ARONTE.
Son courroux est trop grand pour s'apaiser jamais.
FLORICE.
S'il vient encor chez nous ou chez sa Célidée,1445
Je te rends aussitôt l'affaire accommodée.
ARONTE.
Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand!
Viens, je te veux donner tout à l'heure un galand.
LE MERCIER.
Voyez, Monsieur; j'en ai des plus beaux de la terre: En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre.1450
ARONTE, après avoir regardé une boîte de galands[295].
Tous vos rubans n'ont point d'assez vives couleurs.
Allons, Florice, allons, il en faut voir ailleurs.
LA LINGÈRE[296].
Ainsi, faute d'avoir de bonne marchandise[297],
Des hommes comme vous perdent leur chalandise.
LE MERCIER.
Vous ne la perdez pas, vous, mais Dieu sait comment.
Du moins, si je vends peu, je vends loyalement,
Et je n'attire point avec une promesse
De suivante qui m'aide à tromper sa maîtresse.
LA LINGÈRE.
Quand il faut dire tout, on s'entre-connoît bien;
Chacun sait son métier, et.... Mais je ne dis rien. 1460
LE MERCIER.
Vous ferez un grand coup si vous pouvez vous taire.
LA LINGÈRE.
Je ne réplique point à des gens en colère[298].
FIN DU QUATRIÈME ACTE.