SCÈNE II
DON SANCHE, CHIMÈNE, ELVIRE.
DON SANCHE.
Oui, Madame, il vous faut de sanglantes victimes:
Votre colère est juste, et vos pleurs légitimes;
Et je n'entreprends pas, à force de parler,775
Ni de vous adoucir, ni de vous consoler.
Mais si de vous servir je puis être capable,
Employez mon épée à punir le coupable;
Employez mon amour à venger cette mort:
Sous vos commandements mon bras sera trop fort.780
CHIMÈNE.
Malheureuse!
DON SANCHE.
De grâce, acceptez mon service[395].
CHIMÈNE.
J'offenserois le Roi, qui m'a promis justice.
DON SANCHE.
Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur,
Qu'assez souvent le crime échappe à sa longueur[396];
Son cours lent et douteux fait trop perdre de larmes.785
Souffrez qu'un cavalier vous venge par les armes[397]:
La voie en est plus sûre, et plus prompte à punir.
CHIMÈNE.
C'est le dernier remède; et s'il y faut venir,
Et que de mes malheurs cette pitié vous dure,
Vous serez libre alors de venger mon injure.790
DON SANCHE.
C'est l'unique bonheur où mon âme prétend;
Et pouvant l'espérer, je m'en vais trop content.