SCÈNE III.

MÉLISSE, LYSE.

LYSE.

Vous en voilà défaite et quitte à bon marché.

Encore est-il traitable alors qu'il est fâché.

Sa colère a pour vous une douce méthode,

Et sur la remontrance il n'est pas incommode.1350

MÉLISSE.

Aussi qu'ai-je commis pour en donner sujet?

Me ranger à son choix sans savoir son projet,

Deviner sa pensée, obéir par avance,

Sont-ce, Lyse, envers lui des crimes d'importance?

LYSE.

Obéir par avance est un jeu délicat,1355

Dont tout autre que lui feroit un mauvais plat.

Mais ce nouvel amant dont vous faites votre âme

Avec un grand secret ménage votre flamme:

Devoit-il exposer ce portrait à ses yeux?

Je le tiens indiscret.

MÉLISSE.

Il n'est que curieux,1360

Et ne montreroit pas si grande impatience,

S'il me considéroit avec indifférence;

Outre qu'un tel secret peut souffrir un ami.

LYSE.

Mais un homme qu'à peine il connoît à demi!

MÉLISSE.

Mon frère lui doit tant, qu'il a lieu d'en attendre1365

Tout ce que d'un ami tout autre peut prétendre.

LYSE.

L'amour excuse tout dans un cœur enflammé,

Et tout crime est léger dont l'auteur est aimé.

Je serois plus sévère, et tiens qu'à juste titre

Vous lui pouvez tantôt en faire un bon chapitre.1370

MÉLISSE.

Ne querellons personne, et puisque tout va bien,

De crainte d'avoir pis, ne nous plaignons de rien.

LYSE.

Que vous avez de peur que le marché n'échappe!

MÉLISSE.

Avec tant de façons que veux-tu que j'attrape[751]?

Je possède son cœur, je ne veux rien de plus,1375

Et je perdrois le temps en débats superflus.

Quelquefois en amour trop de finesse abuse.

S'excusera-t-il mieux que mon feu ne l'excuse[752]?

Allons, allons l'attendre, et sans en murmurer,

Ne pensons qu'aux moyens de nous en assurer.1380

LYSE.

Vous ferez-vous connoître?

MÉLISSE.

Oui, s'il sait de mon frère

Ce que jusqu'à présent j'avois voulu lui taire:

Sinon, quand il viendra prendre son logement,

Il se verra surpris plus agréablement.