SCÈNE PREMIÈRE.
RODOGUNE, ORONTE, LAONICE.
RODOGUNE.
Voilà comme l'amour succède à la colère,
Comme elle ne me voit qu'avec des yeux de mère,760
Comme elle aime la paix, comme elle fait un roi,
Et comme elle use enfin de ses fils et de moi.
Et tantôt mes soupçons lui faisoient une offense?
Elle n'avoit rien fait qu'en sa juste défense?
Lorsque tu la trompois elle fermoit les yeux?765
Ah! que ma défiance en jugeoit beaucoup mieux!
Tu le vois, Laonice.
LAONICE.
Et vous voyez, Madame,
Quelle fidélité vous conserve mon âme,
Et qu'ayant reconnu sa haine et mon erreur,
Le cœur gros de soupirs et frémissant d'horreur,770
Je romps une foi due aux secrets de ma reine,
Et vous viens découvrir mon erreur et sa haine.
RODOGUNE.
Cet avis salutaire est l'unique secours
A qui je crois devoir le reste de mes jours;
Mais ce n'est pas assez de m'avoir avertie:775
Il faut de ces périls m'aplanir la sortie;
Il faut que tes conseils m'aident à repousser....
LAONICE.
Madame, au nom des Dieux, veuillez m'en dispenser:
C'est assez que pour vous je lui sois infidèle,
Sans m'engager encore à des conseils contre elle.780
Oronte est avec vous, qui, comme ambassadeur,
Devoit de cet hymen honorer la splendeur;
Comme c'est en ses mains que le Roi votre frère
A déposé le soin d'une tête si chère,
Je vous laisse avec lui pour en délibérer:785
Quoi que vous résolviez, laissez-moi l'ignorer.
Au reste, assurez-vous de l'amour des deux princes:
Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces;
Mais je ne réponds pas que ce cœur inhumain
Ne veuille à leur refus s'armer d'une autre main.790
Je vous parle en tremblant: si j'étois ici vue,
Votre péril croîtroit, et je serois perdue.
Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.
RODOGUNE.
Va, je reconnoîtrai ce service en son lieu.