SCÈNE PREMIÈRE.

GÉRONTE, CLARICE, ISABELLE.

CLARICE.

Je sais qu'il vaut beaucoup étant sorti de vous;375

Mais, Monsieur, sans le voir accepter un époux,

Par quelque haut récit qu'on en soit conviée,

C'est grande avidité de se voir mariée.

D'ailleurs, en recevoir visite et compliment[359],

Et lui permettre accès en qualité d'amant,380

A moins qu'à vos projets un plein effet réponde,

Ce seroit trop donner à discourir au monde.

Trouvez donc un moyen de me le faire voir,

Sans m'exposer au blâme et manquer au devoir.

GÉRONTE.

Oui, vous avez raison, belle et sage Clarice:385

Ce que vous m'ordonnez est la même justice[360];

Et comme c'est à nous à subir votre loi,

Je reviens tout à l'heure, et Dorante avec moi.

Je le tiendrai longtemps dessous votre fenêtre,

Afin qu'avec loisir vous puissiez le connoître[361],390

Examiner sa taille, et sa mine, et son air,

Et voir quel est l'époux que je vous veux donner.

Il vint hier de Poitiers, mais il sent peu l'école;

Et si l'on pouvoit croire un père à sa parole,

Quelque écolier qu'il soit, je dirois qu'aujourd'hui395

Peu de nos gens de cour sont mieux taillés que lui.

Mais vous en jugerez après la voix publique.

Je cherche à l'arrêter, parce qu'il m'est unique,

Et je brûle surtout de le voir sous vos lois.

CLARICE.

Vous m'honorez beaucoup d'un si glorieux choix:400

Je l'attendrai, Monsieur, avec impatience,

Et je l'aime déjà sur cette confiance.