SCÈNE V.
MÉLISSE, LYSE, à la fenêtre[756]; PHILISTE, DORANTE, CLITON.
MÉLISSE.
Est-ce vous?
PHILISTE.
Oui, Madame.
MÉLISSE.
Ah! que j'en suis ravie[757]!
Que mon sort cette nuit devient digne d'envie!1430
Certes, je n'osois plus espérer ce bonheur.
PHILISTE.
Manquerois-je à venir où j'ai laissé mon cœur?
MÉLISSE.
Qu'ainsi je sois aimée, et que de vous j'obtienne
Une amour si parfaite et pareille à la mienne!
PHILISTE.
Ah! s'il en est besoin, j'en jure, et par vos yeux.1435
MÉLISSE.
Vous revoir en ce lieu m'en persuade mieux[758];
Et sans autre serment, cette seule visite
M'assure d'un bonheur qui passe mon mérite.
CLITON.
A l'aide!
MÉLISSE.
J'oy du bruit.
CLITON.
A la force! au secours!
PHILISTE.
C'est quelqu'un qu'on maltraite: excusez si j'y cours;
Madame, je reviens.
CLITON, s'éloignant toujours derrière le théâtre.
On m'égorge, on me tue.
Au meurtre!
PHILISTE.
Il est déjà dans la prochaine rue.
DORANTE.
C'est Cliton: retournez, il suffira de moi.
PHILISTE.
Je ne vous quitte point: allons.
(Ils sortent tous deux.)
MÉLISSE.
Je meurs d'effroi.
CLITON, derrière le théâtre.
Je suis mort.
MÉLISSE.
Un rival lui fait cette surprise.1445
LYSE.
C'est plutôt quelque ivrogne, ou quelque autre sottise
Qui ne méritoit pas rompre votre entretien
MÉLISSE.
Tu flattes mes désirs.