ACTE II.

....[ [465] Du milieu d'une de ces allées

SCÈNE I.

Andromède sort toute enjouée et ravie des bonnes nouvelles que Phinée lui vient d'apporter. Attendant qu'il la revienne voir, elle demande aux nymphes qui l'accompagnent qui d'entre elles oblige cet illustre inconnu (c'est Persée dont elle entend parler) à demeurer si longtemps dans la cour de son père. Elle en montre dès lors une si haute estime, qu'elle avoue même que si son cœur n'eût point été donné avant sa venue, elle eût eu peine à le défendre des mérites de ce cavalier. Comme toutes ses nymphes l'assurent qu'il n'a fait aucune offre de service à pas une d'elles, elle se persuade que quelqu'une en fait la fine, et qu'infailliblement ce héros est amoureux. Elle dit qu'elle le remarque assez par les inquiétudes qui paroissent dans son discours quand il l'entretient, qu'il rêve, qu'il s'égare, qu'il soupire à tous moments. Elle en diroit davantage si ce discours n'étoit interrompu par une voix qui chante derrière un de ces arbres. Cette princesse la reconnoît incontinent pour celle d'un page de Phinée. On lui fait silence, et il poursuit à faire entendre la passion qu'a son maître pour Andromède, et son impatience de la posséder, qu'il explique en ces termes:

Quelle est lente cette journée[ [466]....

SCÈNE II.

Phinée se montre avec le même page qui vient de chanter pour lui; et après les premières civilités, Andromède lui fait rendre le change de sa galanterie par une de ses filles, qui lui témoigne par ces paroles que son amour pour ce prince n'est pas moindre que celui qu'il a pour elle:

Phinée est plus aimé qu'Andromède n'est belle[ [467]....

Cet air chanté, le page de Phinée et cette nymphe font un dialogue en musique sur le bonheur de ces deux amants, dont chaque couplet a pour refrain l'oracle que Vénus a prononcé en leur faveur, chanté par les deux voix unies, et répété par le chœur entier de la musique, en cette forme:

LE PAGE.

Heureux amant!

LA NYMPHE.

Heureuse amante[ [468]!...

SCÈNE III.

La joie de ces amants est troublée par une fâcheuse nouvelle que Timante leur apporte, que le sort est tombé sur Andromède. Phinée d'abord n'en veut rien croire; mais après que ce funeste messager l'a assuré que le Roi va bientôt venir pour livrer lui-même cette précieuse victime aux ministres des Dieux, il proteste qu'il ne le souffrira jamais, et s'emporte avec beaucoup de violence. Andromède montre assez de résolution, accompagnée toutefois de beaucoup de déplaisir de se voir séparée d'un amant si cher, dans le même temps que l'oracle de Vénus lui avoit fait espérer d'être unie avec lui par un illustre hyménée.

SCÈNE IV.

Le Roi entre, suivi de Persée.

Cette princesse lui témoigne beaucoup de générosité: dans sa douleur, elle lui avoue qu'il est juste que la cause des malheurs les fasse finir, et que tout son regret est que la tranquillité publique dont il va jouir lui a coûté d'autre sang que le sien, et qu'elle n'a pas été la seule que le ciel ait choisie pour rendre le calme à ses États par sa mort. Le Roi l'exhorte à obéir aux Dieux avec courage. Phinée s'y oppose; et plus le Roi lui représente la nécessité de céder aux arrêts du ciel, plus il s'emporte dans les impiétés et dans les blasphèmes. Il passe jusques à protester qu'il ne connoît ni rois ni Dieux qu'Andromède, et quoiqu'il entende rouler le tonnerre, il défie ces mêmes Dieux de le lancer sur lui. Cependant

SCÈNE V.

Au milieu de ce tonnerre qui gronde et des éclairs qui brillent continuellement, Éole descend dans un nuage avec huit vents qui l'accompagnent. Quatre de ces vents sont à ses deux côtés, en sorte toutefois que les deux plus proches sont portés sur le même nuage que lui, et les deux plus éloignés sont comme volants en l'air tout contre ce même nuage. Les quatre autres paroissent deux à deux, au milieu de l'air, sur les ailes du théâtre, deux à la main gauche et deux à la droite. Éole demeure à la même hauteur sans descendre plus bas, et c'est de là qu'il interrompt les blasphèmes de Phinée, et que lui ayant dit impérieusement que les Dieux savent bien se faire obéir, il commande à ces vents d'exécuter les ordres de Neptune, dont il est le premier ministre. Ce commandement produit aussitôt un spectacle étrange et merveilleux tout ensemble: les deux vents qui étoient à ses côtés suspendus en l'air s'envolent, l'un à gauche et l'autre à droite; deux autres remontent avec lui vers le ciel sur le même nuage qui les vient d'apporter; deux autres qui étoient à sa main gauche sur les ailes du théâtre s'avancent au milieu de l'air, où ayant fait un tour, ainsi que deux tourbillons, ils passent au côté droit du théâtre, d'où les deux derniers fondent sur Andromède, et l'ayant saisie chacun par un bras, l'enlèvent de l'autre côté jusque dans les nues. Le Roi s'écrie d'étonnement; Phinée court après cette princesse, que les vents emportent, et

SCÈNE VI.

Persée, demeuré seul avec ce déplorable père, l'assure qu'il la va secourir. Ce monarque l'en veut détourner sur l'impossibilité de l'entreprise, en laquelle vingt amants avoient succombé pour Nérée il n'y avoit qu'un mois; mais ce héros, loin de s'étonner, lui dit hautement qu'il trouvera des chemins inconnus aux hommes, pour faire en sorte que l'oracle de Vénus ait son effet, et l'expliquant à son avantage, il ajoute que les vents n'arrachent point Andromède à Phinée pour la perdre, mais seulement pour la rendre à un époux plus digne d'elle. Après cela, il quitte le Roi sans se faire connoître davantage, et ce monarque se retire pour aller faire des vœux qu'il ne croit pas qu'on veuille exaucer.