SCÈNE III.
VÉNUS, CÉPHÉE, CASSIOPE, PERSÉE, PHINÉE. chœur de musique, suite du Roi et de la Reine.
CHŒUR[ [564].
Reine de Paphe et d'Amathonte,
Mère d'Amour, et fille de la mer,
Peux-tu voir sans un peu de honte
Que contre nous elle ait voulu s'armer, 335
Et que du même sein qui fut ton origine
Sorte notre ruine?
Peux-tu voir que de la même onde
Il ose naître un tel monstre après toi?
Que d'où vient tant de bien au monde 340
Il vienne enfin tant de mal et d'effroi,
Et que l'heureux berceau de ta beauté suprême
Enfante l'horreur même?
Venge l'honneur de ta naissance
Qu'on a souillé par un tel attentat; 345
Rends-lui sa première innocence,
Et tu rendras le calme à tout l'État[ [565];
Et nous dirons enfin que d'où le mal procède
Part aussi le remède.
CASSIOPE.
Peuple, elle veut parler: silence à la Déesse; 350
Silence, et préparez vos cœurs à l'allégresse.
Elle a reçu nos vœux, et les daigne exaucer;
Écoutez-en l'effet qu'elle va prononcer.
VÉNUS, au milieu de l'air.
Ne tremblez plus, mortels; ne tremble plus, ô mère!
On va jeter le sort pour la dernière fois, 355
Et le ciel ne veut plus qu'un choix
Pour apaiser de tout point sa colère.
Andromède ce soir aura l'illustre époux
Qui seul est digne d'elle, et dont seule elle est digne.
Préparez son hymen, où, pour faveur insigne, 360
Les Dieux ont résolu de se joindre avec vous.
PHINÉE, à Céphée.
Souffrez que sans tarder je porte à ma princesse,
Seigneur, l'heureux arrêt qu'a donné la Déesse.
CÉPHÉE.
Allez, l'impatience est trop juste aux amants.
CASSIOPE, voyant remonter Vénus[ [566].
Suivons-la dans le ciel par nos remercîments; 365
Et d'une voix commune adorant sa puissance,
Montrons à ses faveurs notre reconnoissance.
CHŒUR[ [567].
Ainsi toujours sur tes autels
Tous les mortels
Offrent leurs cœurs en sacrifice! 370
Ainsi le Zéphyre en tout temps
Sur tes palais de Cythère et d'Éryce
Fasse régner les grâces du printemps!
Daigne affermir l'heureuse paix
Qu'à nos souhaits 375
Vient de promettre ton oracle;
Et fais pour ces jeunes amants,
Pour qui tu viens de faire ce miracle,
Un siècle entier de doux ravissements.
Dans nos campagnes et nos bois 380
Toutes nos voix
Béniront tes douces atteintes;
Et dans les rochers d'alentour,
La même Écho qui redisoit nos plaintes
Ne redira que des soupirs d'amour. 385
CÉPHÉE.
C'est assez.... la Déesse est déjà disparue;
Ses dernières clartés se perdent dans la nue;
Allons jeter le sort pour la dernière fois.
Malheureux le dernier que foudroiera son choix,
Et dont en ce grand jour la perte domestique 390
Souillera de ses pleurs l'allégresse publique!
Madame, cependant, songez à préparer
Cet hymen que les Dieux veulent tant honorer:
Rendez-en l'appareil digne de ma puissance,
Et digne, s'il se peut, d'une telle présence. 395
CASSIOPE.
J'obéis avec joie, et c'est me commander
Ce qu'avec passion j'allois vous demander.