SCÈNE IV.
D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR, CARLOS.
D. LOPE.
Eh bien! seigneur marquis, nous direz-vous, de grâce[ [752],
Ce que, pour vous gagner, il est besoin qu'on fasse?
Vous êtes notre juge, il faut vous adoucir.
CARLOS.
Vous y pourriez peut-être assez mal réussir.
Quittez ces contre-temps de froide raillerie.
D. MANRIQUE.
Il n'en est pas saison, quand il faut qu'on vous prie.
CARLOS.
Ne raillons, ni prions, et demeurons amis. 315
Je sais ce que la Reine en mes mains a remis;
J'en userai fort bien: vous n'avez rien à craindre,
Et pas un de vous trois n'aura lieu de se plaindre.
Je n'entreprendrai point de juger entre vous
Qui mérite le mieux le nom de son époux: 320
Je serois téméraire, et m'en sens incapable;
Et peut-être quelqu'un m'en tiendroit récusable.
Je m'en récuse donc, afin de vous donner
Un juge que sans honte on ne peut soupçonner;
Ce sera votre épée et votre bras lui-même. 325
Comtes, de cet anneau dépend le diadème:
Il vaut bien un combat; vous avez tous du cœur,
Et je le garde....
D. LOPE.
A qui, Carlos?
CARLOS.
A mon vainqueur.
Qui pourra me l'ôter l'ira rendre à la Reine:
Ce sera du plus digne une preuve certaine. 330
Prenez entre vous l'ordre et du temps et du lieu;
Je m'y rendrai sur l'heure, et vais l'attendre. Adieu.